LES JUIFS EN BULGARIE ET DANS LES TERRITOIRES SOUS ADMINISTRATION BULGARE PENDANT L’HOLOCAUSTE

Colloque organisé dans le cadre du programme du Conseil de l’Europe « Transmission de la mémoire de l’Holocauste et prévention des crimes contre l’humanité »

Lundi 26 mai 2014

The Red House

Effy TSELIKAS et Jean-Baptiste PATTIER

Introduction

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Bulgarie devient alliée de l’Allemagne nazie officiellement le 1er mars 1941 avec la signature à Vienne du pacte tripartite. Mais les autorités n’ont pas attendu de rejoindre le IIIième Reich, l’Italie et le Japon pour adopter des mesures antisémites. Le gouvernement de Bogdan Filov prépare le texte de loi antisémite intitulé « Loi pour la Défense de la nation » dès l’automne 1940. Le 24 décembre 1940, le parlement vote cette loi qui entre en vigueur le 23 janvier 1941.

                Le sort des Juifs vivant dans les frontières de la Bulgarie d’avant 1941 et ceux des territoires occupés, de Thrace grecque, de Macédoine et de la région du Pirot ne sera pas le même. Les premiers ne seront pas déportés alors que les seconds seront pour la plupart exterminés. Les Juifs de Bulgarie seront considérés comme « sauvés » et les autres deviendront les oubliés de l’histoire de l’extermination des Juifs d’Europe.

                L’étude de la transmission de la singularité et de la complexité de l’histoire de l’Holocauste en Bulgarie et dans les territoires occupés durant la Seconde Guerre mondiale doit prendre en compte quatre problématiques majeures :

- L’enseignement du sauvetage des Juifs bulgares ne peut empêcher, occulter l’étude de l’histoire de l’extermination des Juifs de Macédoine, de Thrace grecque et de la région du Pirot. Ces deux dimensions de la Shoah (ou holocauste) en Bulgarie sont indissociables, l’une ne peut être abordée sans l’autre. Cette double appréhension du sujet sous-entend la question de la responsabilité des Etats.

- La question de la nationalité des Juifs de Bulgarie des frontières d’avant 1941 et des territoires occupés est au cœur de l’étude des destins opposés des Juifs de ces différents espaces géographiques. Cette problématique pourrait se formuler ainsi : « un territoire : un destin ».

- La revendication mémorielle du « sauvetage des Juifs bulgares » a permis tour à tour à des groupes d’individus politiques, religieux ou nostalgiques de la monarchie parlementaire de s’approprier cette page de l’histoire de la Bulgarie. L’enseignement de cette histoire doit tendre désormais vers une approche plurielle et dénuée d’instrumentalisation. Les rôles de la population bulgare, de la communauté de Kyustendil, de Dimitar Peschev, des partisans, des communistes, de l’Eglise orthodoxe ou du roi Boris III, seront abordés tour à tour à la lumière de la recherche historique.

- Toutes ces thématiques ne peuvent être développées sans replacer la Bulgarie dans le contexte politique européen des années 1930 et de la politique d’extermination nazie commencée avant la Seconde Guerre mondiale et poussée au paroxysme durant la Seconde Guerre mondiale en Europe. L’étude et la transmission de l’histoire des racines de l’antisémitisme et de son imprégnation dans les sociétés européennes est aussi centrale pour comprendre les mesures mises en place en Bulgarie à partir de 1941.

Ces actes du colloque ont l’ambition de présenter au professeur des pistes de réflexions nécessaires pour aborder la problématique de l’Holocauste en Bulgarie avec les élèves, de consolider les connaissances autour de cette thématique en présentant l’état de la recherche tout en replaçant cette page de l’histoire dans son contexte européen, dans sa dimension européenne.  

Carole REICH

Ouverture officielle

Le Conseil de l’Europe a été la première organization internationale créée après la deuxième guerre mondiale, en 1949, dans une ville emblématique : Strasbourg, qui avait connu bien des conflits au cours des décennies précédentes. Lorsqu’on  monte les marches qui mènent au Palais de l’Europe, on s’arrête devant le monument en grès rose des Vosges consacré à la mémoire de l’Holocauste.

En effet, le Conseil de l’Europe est né, comme on a coutume de dire, sur les cendres de cette tragique période de l’Histoire.

En entrant dans le bâtiment, et en montant au deuxième étage où se déroulent les réunions, on trouve le buste deDimitar Pechev, homme politique bulgare, un des sauveteurs des Juifs bulgares pendant la Seconde guerre mondiale.

Le décor de notre colloque est planté.

Où, mieux qu’ici, à Sofia, aurions-nous pu parler du sauvatage des juifs bulgares par l’Eglise orthodoxe bulgare, des intellectuels et des représentants de l’opposition ?

Dans le cadre du programme « transmission de la mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité », le Conseil de l’Europe souhaite sensibiliser les enseignants bulgares à leur histoire, afin de la faire connaître aux jeunes générations.

Avec le soutien du Ministère de l’Education de Bulgarie, en étroite coopération avec un de nos partenaires institutionnels, le Mémorial de la Shoah à Paris, et avec l’aide du Centre culturel français de Sofia, nous sommes heureux de pouvoir aborder toutes les questions liées à l’histoire de la Bulgarie pendant l’Holocauste.

Xavier LAPEYRE  de CABANES

Mémoire de la Shoah

Nous avons célébré l’an dernier le soixante-dixième anniversaire ce que nous avons pris l’habitude d’appeler le sauvetage des juifs de Bulgarie. Cette commémoration a permis de mettre en lumière un événement unique survenu pendant la guerre dans un pays qui était allié de l’Allemagne nazie et où des soldats et des policiers allemands avaient été envoyés, notamment pour s’assurer que le régime du roi Boris allait bien mettre en œuvre le programme de destruction des Juifs d’Europe.

Cet événement singulier dans l’Europe est connu désormais en Bulgarie, il fait l’objet chaque année, d’une cérémonie d’hommage aux « héros » de ce sauvetage, devant une stèle, très modeste d’ailleurs. Et sans doute aussi modeste que l’ont été les ministres, députés, popes qui ont obtenu que le roi Boris III refuse de déporter les Juifs bulgares et qui, en défendant leurs compatriotes, en défendant des hommes et des femmes, ont sans doute pensé qu’ils ne faisaient que leur devoir d’humanité. Certes. Mais ils ont accompli ce geste et ont sauvé de la mort quelque 50 000 Bulgares.

Cette simple action met en lumière l’inaction des autres et apporte un éclairage sur les mécanismes qui ont fait que des juifs ont été sauvés dans certains pays et pas dans d’autres.

De façon générale, les Nazis n’ont pu mettre en œuvre leur politique de génocide qu’en s’appuyant sur les populations qu’ils opprimaient et les gouvernements complices que l’occupation militaire leur avait permis d’installer. Le taux d’assassinat de masse dans les pays sous domination allemande a été particulièrement élevé dans toute l’Europe, de l’ordre de 60 à 90%, sauf dans deux pays, le Danemark, où il n’y en a presque pas eu, et mon pays, où environ 60 à 70% des Juifs ont échappé à la mort. Ces exceptions s’expliquent schématiquement, très schématiquement sans doute, par de raisons diamétralement opposées : au Danemark, ce sont les pouvoirs locaux qui ont refusé de considérer que les populations juives danoises pouvaient être livrées à l’envahisseur et qu’il était légitime non seulement d’exclure les juifs de la communauté nationale, mais encore du genre humain. Le roi du Danemark, en menaçant de porter lui-même l’étoile jaune infâmante, a sauvé l’honneur de son pays et a donné l’exemple à ses compatriotes, citoyens ordinaires ou policiers : lorsque les Allemands tentèrent d’organiser la rafle des quelque 8 000 juifs danois, la population, avec l’aide de la police, facilita sa fuite vers la Suède neutre. Et tous les Juifs danois ont été sauvés.

Dans mon pays, les autorités de Vichy n’ont pas eu du tout cette politique, au contraire, puisque l’État français a publié un statut des juifs dès septembre 1940 avant même que les Nazis ne l’aient demandé. Les fonctionnaires français, l’administration, jusqu’à son plus haut niveau, l’ont accepté et ne se sont pas rebellés : collectivement, les représentants de l’État ont failli. Ils ont failli d’abord en oubliant que la fonction première des agents de l’État est d’assurer la liberté des citoyens dans la sécurité ; mais ils ont, plus encore, failli moralement en acceptant que certains compatriotes soient livrés à un ennemi criminel. Le président Jacques Chirac l’avait reconnu peu après son entrée en fonction, lors d’un discours prononcé le jour anniversaire de ce qu’on appelle en France la rafle du Vel’ d’hiv’ : un même jour, des juifs de Paris avaient été parqués dans le vélodrome d’hiver avant d’être transféré dans un camp français, puis envoyer en Allemagne pour y être assassinés.

Mais individuellement, mes compatriotes de l’époque, beaucoup d’entre eux, en tout cas, ont su racheter la faute morale commise par les autorités avec l’aide de nombreux agents de l’État : les anecdotes sont innombrables de Français recueillant des juifs, les cachant, leur donnant un abri, parfois les aidant à fuir le pays. Ils ne pensaient pas faire acte d’héroïsme, mais simplement agir en hommes dignes de ce nom : en tendant la main à celui qui est dans le malheur, la détresse. De cette façon, les trois quarts des juifs de France ont été sauvés.

Des fonctionnaires français aussi ont su racheter, par leur comportement individuel, la faute collective.

Qu’il me soit permis de rendre ici un hommage à quelques uns de ces Français, de ces agents de l’État, des diplomates en l’occurrence, qui agirent en hommes, pour se porter au secours de juifs français menacés en Bulgarie même: ces hommes sont Henri Roux, chargé d’affaires en 1943, qui obtient du ministre de l’intérieur que la famille juive française Arav ne soit pas contrainte à évacuer Sofia ; le  marquis Édouard de  Kergariou, nommé par Vichy ministre de France (c’était le titre à l’époque où l’ambassade n’était pas une ambassade, mais une légation) au cours de l’été 1943, et le vice-consul Charles-Antonin Colonna-Casari, qui ont décidé de recueillir cette même famille, pendant quelques jours, dans la résidence de France, celle que j’ai l’honneur d’habiter, menacée par une rafle visant les juifs étrangers.

Ces attitudes ont pu se retrouver à des degrés divers dans tous les pays occupés.

De ce point de vue, la situation en Bulgarie est intéressante, parce que le traitement des Juifs, et donc leur sort, a été totalement différent dans les régions de Thrace et de Macédoine, occupée par la Bulgarie, et dans les territoires qui étaient déjà bulgares avant la seconde guerre mondiale.

En effet, dans les régions de Thrace et de Macédoine, la quasi-totalité de la population juive a été livrée aux Allemands et les juifs ladinos qui habitaient ces régions que la Bulgarie venait d’annexer, ont tous disparu dans les camps d’extermination de Pologne.

En revanche, la population bulgare, le parlement, des ministres, le patriarcat… se sont opposés à ce que les juifs bulgares soient déportés pour être assassinés, soit 14 000 personnes, environ.

Nous avons donc d’un côté une autorité et une classe politiques qui, passivement, laissent faire la déportation dans certains territoires, peut-être parce que les juifs qui habitent ces territoires ne sont pas considérés comme de vrais Bulgares, et de l’autre, une population et une classe politique qui s’opposent fermement à la déportation de leurs concitoyens. Et les 50 000 Bulgares échappèrent à la mort.

Ces faits sont connus, ils ont fait l’objet de nombreuses publications depuis une quinzaine d’années et de colloques l’an dernier.

Vous avez choisi de vous réunir aujourd’hui pour traiter approfondir notre connaissance de ces événements et du sort des Juifs de Bulgarie, de Macédoine et de Thrace.

Mais vous avez aussi choisi d’aborder une question différente qui est celle de la transmission de cette connaissance : ces faits sont connus, certes, mais de qui, aujourd’hui ? Nous le savons, la mémoire disparaît, parce que les personnes qui ont vécu cette époque sont pour la plupart décédées. Comment faire en sorte, alors, que ces faits restent connus au fur et à mesure que les générations passent ?

Ce n’est pas simplement pour tenter de faire vivre encore un peu dans nos mémoires des hommes, des femmes et des enfants qui ont été massacrés pour avoir commis le seul crime de vivre, que nous avons le devoir de l’enseigner ces événements, mais parce que la connaissance de l’histoire est nécessaire, indispensable à l’homme démocratique.

En effet, en démocratie, ce sont les citoyens qui prennent leur destin en main.

Comment le feraient-ils s’ignoraient l’histoire, non seulement la leur, mais, plus largement, celle de tous les hommes ?

Or, des événements du passé, il y a des leçons à tirer pour le présent et pour l’avenir. Il faut connaître l’histoire des hommes pour la comprendre.

Raymond Aron disait que les hommes font l’histoire, mais ne savent pas l’histoire qu’ils font.

C’est bien l’objectif de la politique que de comprendre l’histoire que nous faisons, pour pouvoir la vouloir.

Pour ce qui touche à la Shoah, il importe de savoir ce qui s’est passé, mais aussi, et surtout, pourquoi et comment des hommes ont pu avoir l’idée d’assassiner en masse toute une population et pourquoi et comment ils eu la possibilité de réaliser cette idée.

Il n’est pas moins important de savoir et de comprendre pourquoi et comment d’autres hommes, pourtant en position de faiblesse, ont trouvé la volonté et les moyens de s’opposer, d’empêcher, de ralentir… le processus criminel en marche.

Nos enfants, nos petits-enfants et leurs enfants devront donc l’apprendre : à mesure que le temps passera, vous le savez mieux que moi, l’invraisemblable vérité criminelle deviendra moins réelle, la mémoire des hommes qui ont vécu ces événements atroces se sera effacée. Il faudra la remplacer par l’apprentissage, la connaissance, l’histoire.

Elle ne sera pas connue si elle n’est pas enseignée.

Certes, il y aura toujours, parmi nos semblables, des hommes ou groupes qui souhaiteront nier la réalité de ce crime. Mais c’est parce que nous l’aurons enseignée, que le discours des négationnistes restera marginal et inaudible.

Ce devoir de transmission du savoir, c’est aux États, donc aux gouvernements, qu’il revient de l’organiser.

L’initiative de « former les formateurs » et d’enseigner aux enseignants est donc primordiale. Ce sont plus de trente enseignants en histoire qui viennent de toute la Bulgarie, grâce au travail de Mme Benova du ministère de l’éducation nationale, qui a relayé la communication du Conseil de l’Europe dans toutes les académies de Bulgarie. Cette tâche est sans fin, car il faut sans cesse rappeler les faits, expliquer les causes.

Le travail qui est fait depuis de nombreuses années pour enseigner le génocide des Juifs, des Tsiganes et d’autres populations considérées par les Nazis comme n’ayant pas le droit de vivre, est indispensable et mérite d’être salué.

Formons le vœu qu’un travail similaire soit fait pour les crimes des régimes communistes qui ont dominé la moitié de l’Europe pendant un demi-siècle. Sans doute peu comparables au caractère unique de la Shoah, leur méconnaissance par les jeunes générations, auxquelles ils ne sont pas enseignés ou presque, a les mêmes effets délétères que l’ignorance de la Shoah, car elle empoisonne la démocratie.

Je vous remercie.

Georges BENSOUSSAN

La Shoah : Tragédie historique, questions et usages politiques

Entrer dans l’histoire de cette tragédie, c’est  prendre le risque de ne plus penser tant l’extrême violence nous submerge d'émotion. Les rescapés eux-mêmes, suffoqués,  se sont pour beaucoup (mais pas tous) réfugiés dans le silence ou dans le récit-parabole (cf. Leib Rochman). A côté de la sidération et de la tétanisation de la pensée,  premiers risques face à cette découverte, il faut aussi compter avec le dégoût de l’humanité comme l’exprimait déjà Georges Bataille en 1947.

  Et, aujourd’hui, prendre en compte le refuge dans une religion de la mémoire qui ne fait avancer ni la connaissance, ni la réflexion. Précisément, pourtant, parce que cet événement sans précédent n'est pas de même nature qu'un massacre, nous devons nous efforcer de repenser les catégories intellectuelles qui nous ont porté depuis la Renaissance, l'humanisme et les Lumières. Dès lors qu’il a brisé les certitudes et brouillé tout présent, nous ne pouvons pas faire comme s’il n'avait pas eu lieu.

 

De là, la nécessité d'éviter d’user des notions d'impensable et d'indicible. De là, aussi, le souci d'éviter le pathos comme l'idée, enkystée, que cet événement est incompréhensible. Il faut tenter d’incorporer cette connaissance terrible et aller au-delà de la sidération que provoque l'horreur.  Ni renoncer à penser un événement qui nous détruit. Faute de mots, donc de concepts, l'horreur alors aurait triomphé.

  C’est une situation peu commune que celle d’un événement qui apparaît de plus en plus central au fur et à mesure  que l'on s'en éloigne. Mais cette évolution est aussi celle de l'historiographie de la Grande Guerre. Dans les deux cas, nous avons conscience d’être en présence d'une césure qui ouvre un nouvel âge de l'humanité. Comme nous avons aussi le sentiment d'une découverte de la centralité de l'événement alors qu’il s'agit plutôt d'une redécouverte.  Dès 1942-1943, les contemporains, qu’ils soient juifs ou non, avaient compris l'importance politique de ce qui était en train de se passer. Pourtant, durant les vingt années qui suivirent, on assista à une plongée dans l'oubli  de la spécificité du nazisme, la destruction programmée d’un peuple.

Or, cet événement anxiogène bouscule nos schémas de pensée et déconstruit le langage. Il abolit les grands récits libératoires de l'humanisme. Il nous oblige à abandonner nos repères habituels et nous pousse à forger des outils cognitifs nouveaux.  A prendre en compte, en particulier, des facteurs souvent négligés dans l'histoire, tels l'irrationnel,  la peur ou le ressentiment. A tenter de reconstituer l’histoire de la formation des systèmes de pensée qui vont conduire à exclure du droit de vivre une partie de l'humanité. 

Il nous faut aussi accepter l'idée qu'il n'y a pas de commune mesure entre le crime et l'assassin, ni de commune mesure entre le crime et le châtiment. Comme il faut tenter d’analyser cette « rupture de civilisation » en oubliant les mots usés jusqu'à la corde de Hannah Arendt sur la « banalité du mal », une formule que le philosophe israélien d'origine allemande Gershom Scholem  (par ailleurs longtemps l’ami d’Arendt) jugeait absurde.  Il nous faut interroger cet événement en historien et tenter de comprendre en quoi il constitue une césure anthropologique, un « événement » au sens de Nietzsche, ce qui détermine un avant et un après, ce qui inaugure  le règne du biologique sur la terre.

 Parce que l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe est devenue un fait central dans le récit du monde occidental, le risque existe, paradoxalement, d'une trivialisation du fait lui-même. Laquelle nous ferait  perdre de vue l'essentiel : nous n'avons pas à faire  à un événement métaphysique susceptible de déboucher sur une leçon d'éducation morale et civique, mais à un fait d'histoire totale.

Il faut donc faire de l'histoire. Et se demander par exemple si ces tragédies relèvent d'une brève parenthèse (1933-1945) ou d'une histoire de l'Europe de la « longue durée »,  marquée par la construction d’imaginaires qui ont nourri la catastrophe.  Et en particulier d’une judéophobie qui a conduit à penser que l'humanité ne connaitrait le bonheur qu'après avoir éliminé le dernier Juif sur la terre. 

2e question d'histoire, essentielle, celle de la guerre tant, en effet, le génocide est  inséparable du contexte militaire de la Seconde Guerre mondiale, sur le front soviétique, certes, le fait est très connu, mais plus encore peut-être l’entrée en guerre progressive des États-Unis à partir de mars 1941 (loi prêt bail) jusqu’à l’agression japonaise (Pearl Harbor) du 7 décembre de cette même année.

Une troisième question d'histoire est celle qui relie la destruction des Juifs d'Europe et la Première Guerre mondiale. Un lien qui interroge la Grande Guerre telle qu’elle a été vécue par les Allemands sur le front oriental, qui interroge le regard porté par eux  sur le monde slave et sur les Juifs de l'Est, qui questionne leur conviction du péril imminent d’une invasion juive et slave. Mais ce lien interroge aussi le sentiment d'une défaite imméritée en novembre 1918, d'une victoire volée et d'une trahison qui va nourrir le fantasme du complot.

Au-delà du seul contexte allemand, la Grande Guerre fut la préfiguration de la mort de masse génocidaire. Elle a accoutumé les esprits à un haut niveau de violence en faisant de l'ennemi un nuisible à éradiquer. L’accoutumance à la mort de masse anonyme et au meurtre quotidien a nourri ce que l'historien américain George Mosse nommera plus tard la « brutalisation » de la société post-guerre.

D'autres questions d'histoire surgissent. A commencer par l'antijudaïsme qui fonctionne comme une idéologie et un code culturel. En continuant par les crimes du colonialisme à propos desquels il faut éliminer la notion de génocide (sauf dans le cas des Hereros en Namibie entre 1904 et 1907), mais à propos desquels il faut aussi se demander s’ils ont, ou non, élevé le seuil d'acceptation de la violence. Interroger aussi ce que l’on appelle les anti-Lumières scientifiques qui vont nourrir l'émergence du nazisme. Et questionner également les différentes figures du complot apparues depuis la Révolution française comme aussi le rapport entre l'idéologie du complot et des sociétés sécularisées.

Enfin, à propos de la Shoah, il est préférable d’éviter des expressions telles événement singulier ou événement unique. Parce qu’en premier lieu, et c’est un truisme, tout événement est unique. Simplement faut-il démontrer que Treblinka, cette « fabrication de cadavres »,  fut un événement sans précédent. Ce n'est pas seulement le moyen du meurtre de masse qui est sans précédent mais les motivations des assassins qui sont d’ordre strictement idéologique : ni religieuses, ni économiques, ni territoriales.

Faire de l'histoire, c'est comparer, d'autant plus que la comparaison seule mettra en lumière la spécificité du crime de masse. À commencer par son aire géographique, sans limites, puisque l'Allemagne nazie cherche à détruire des Juifs du monde entier comme le montre le Protocole de Wannsee et les plans allemands de 1942 pour l’Egypte et la Palestine.

 Comparer permet de distinguer la politique d’ethnocide menée contre les Slaves et la politique génocidaire menée contre les Juifs. Comparer permet de comprendre en quoi Auschwitz est une fin en soi et non le moyen d'une politique. De là, la distinction entre  le crime de guerre d’Hiroshima et les chambres à gaz de la Shoah : les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 aout 1945) furent les moyens barbares d'une politique, mais pas une politique en soi. Les Américains ne cherchent pas à génocider le peuple japonais, ils cherchent à obtenir le plus vite possible sa capitulation. C’est chose faite le 15 aout 1945. Il n’y a plus de largage de bombes américaines sur l’archipel à partir du 16 aout 1945 ….  La Shoah, elle, fut une politique en soi.

La spécificité de la destruction de tout un peuple est illustrée également par le faible pourcentage de retour des déportés juifs. Alors qu'à l'échelle de l'Europe les Juifs représentèrent 54 % des déportés, ils ne constituèrent que 6 % des retours en 1945. Et sur les 6 millions de victimes juives, 1 million et demi étaient des enfants de moins de 15 ans, un fait sans équivalent parmi toutes les autres populations martyrisées par l'Allemagne nazie.

La destruction des Juifs d'Europe interroge les sociétés massifiées et anomiées, et dont  l'anomie favorise le passage à l'acte meurtrier. Elle interroge la bio-politique (ce qu’on nomme aussi depuis Michel Foucault le bio-pouvoir), c'est-à-dire l'émergence du darwinisme social et racial en Europe à la fin du XIXe siècle. Elle interroge donc aussi l'évolution du discours médical des XIXe et XXe siècles. La destruction des Juifs d'Europe n'est pas seulement l'aboutissement de l'antisémitisme, c’est aussi le débouché d'une pensée technicienne qui annule le sujet humain. 

 Loin d'être un accident dans l'histoire humaine, le génocide en est une tentation permanente : l’humanité préfère un monde sans ennemi à un monde fraternel. L'universalisme moral est donc une conviction récente. Si la destruction des Juifs d'Europe dépasse l'univers juif, c'est parce qu’elle est au XX° siècle la marque la plus profonde de l'atteinte à la notion de personne humaine. De là la centralité politique qu’elle occupe aujourd'hui et son importance comme fait culturel. De là qu’il s’agisse  d'une césure anthropologique : après Auschwitz et Treblinka, toute vie humaine est en  danger parce que cela a eu lieu. Conjuguée à d’autres éléments qui marquent l’entrelacement de la barbarie et de la civilisation, la destruction des Juifs d'Europe a inauguré l’ère de l'« homme superflu » sur la terre.

Ivanka GEZENKO

La Bulgarie et les Juifs : de la province autonome au règne de Boris III

ЕВРЕЙСКАТА ОБЩНОСТ В БЪЛГАРИЯ 1879-1947 Г.

Иванка Гезенко

В българската историческа наука съществуват немалко изследвания, които проследяват отделни аспекти от историята на Еврейската общност в България в рамките на Третото българско царство (1879–1947) и участието на отделни евреи в обществено-политическия и културния живот след Освобождението на България. В историческите условия, създадени в периода от 1879 г. до средата на 30-те години на ХХ в. еврейското население в България едновременно е участник в два процеса:

а) Модернизация на своята вътрешна организация, съобразно създадените конституционни норми в страната;

б) Интеграция (чрез отделни представители на общността, които са неделима част от българската интелигенция) в изграждането на България. За да очертаем параметрите на тези процеси е наложително да дадем отговори на следните основни въпроси:

І. КОИ СА БЪЛГАРСКИТЕ ЕВРЕИ?

Еврейската общност в България е една от най-древните в Европа. Първите сведения за съществуването на еврейско население по българските земи датират от преди повече от 2000 години. Според времето на заселването им, условно могат да бъдат разделени на три основни групи:

1. РОМАНЬОТИ (ромейски евреи). Така се наричат евреите, заселили се в пределите на Балканския полуостров по време на римското и по-късно византийско господство, известни още и като "ромейски евреи". След разгрома на юдейската държава, разрушаването на Втория храм в Йерусалим (66–70 г.) и разпръскването на евреите по света, започва и масово създаване на еврейски общини. В рамките на днешните български земи евреите създават най-древните "романьотски общини". Така се наричат и евреите, живели в епохата на Първата (681–1018) и на Втората българска държава (1185–1396)[1].

2. АШКЕНАЗИ (ешкеназки евреи). Гоненията на евреите в Германия от края на ХІ век (1096 г.) и опитите за насилственото им покръстване са причина за пораждането на нова изселническа вълна. Част от ашкеназите (Германия – Ашкеназия, ивр.) се отправят и се заселват на Балканите[2].

3. СЕФАРАДИ. Известният едикт на Фердинанд и Изабела Кастилски (1492 г.) принуждава около 100 000 испански евреи да се насочат към Балканския полуостров, който вече е завладян от Османската империя. Към испанските евреи се присъединяват и португалски, и в началото на ХVІ век в пределите на османската държава се заселва компактна група сефаради (с`фарадим). Сефарадските евреи се обособяват в отделни общини извън тези на романьотите и ешкеназимите[3]

В рамките на Османската империя евреите са предимно градски елемент, организиран в общности, начело на които стои главния равин “хахам баши” на Истанбул. Самите общности са доброволно сдружение на еврейския “милет” около определена синагога. През периода ХVІ-ХІХ в.нараства влиянието на еврейските първенци и на равина. Специфичното за еврейството е, че религиозният живот е тясно свързан с културно-националния, а отделните изяви на евреите не могат да се разглеждат независимо от еврейската община. Общината има вътрешни и външни функции, като силата й се базира на религията, но едновременно с това задоволява просветни, културни, национални и социални нужди. Към вътрешните отношения спадат гражданско-правните, а към външните - връзките с местната и централна власт. В пределите на българските земи еврейски общини има в градовете София, Русе, Видин, Никопол, Плевен, Пловдив, Кюстендил, Дупница, като материалната им издръжка се набира от: 1.) религиозен налог-араха; 2.) такси за различни услуги и ритуали; 3.) такси за издаване на документи[4].

Реформите в Османската империя (1839)както и възстановяването на балканските държави от средата на ХІХ в. налагат своя отпечатък и върху живота на евреите. Българското Възраждане оказва влияние върху съществуващата образователна система в еврейските общини[5] и допринася за замяната на религиозните по своята същност  мелдари с модерни училища. Първият опит е от 1869 г., когато Русенската еврейска открива самостоятелно еврейско училище. През 1870 г. с откриването на Alliance Israelite universelleв Шумен започва модернизацията на еврейското образование. За няколко години френската организация открива училища в еврейските общности във Видин, Самоков и Русе.

Участието на евреите в нацонално-освободителното движение е свързано предимно с подпомагане на революционните комитети, създадени от Васил Левски и по време на Априлското въстание. Отделни представители на общността като Давичон Саранга, Пресиадо Яко Алфандари, Моше Гарти, Рафаел Вентура, Давид Хаим Мошон Таджер, Бохор Криспин, Елиезер Калев, подпомагат финансово революционните комитети в различни градове или благодарение на авторитета си пред турските власти спасяват живота на български революционери[6]. Един от първите вестници отразил турските зверства при потушаване на Априлското въстание е еврейският “Амагит”, издаван в Източна Прусия.

Сред участницие в българското опълчение по време на Руско-турската война са Арон Голденберг, Мойсей Калев, Леон Крудов[7], а личната позиция и действия на софийския равин Гавриел Алмознино и срещата му с Осман паша предотвратяват подпалването на София.

ІІ. КАКВО Е МЯСТОТО НА ЕВРЕИТЕ В ТРЕТОТО

БЪЛГАРСКО ЦАРСТВО?

Учредителното събрание в Търново от 1879 г. е бележито събитие в изграждането на модерната българска държава. Първият основен закон – Търновската конституция регламентира държавно политическото устройство на страната в духа на разделение на властите – законодателна, изпълнителна и съдебна. Освен това тя гарантира равноправието на всички български поданици[8], свободата на тяхното вероизповедание[9] и неприкосновеността на частната собственост[10].. След Руско-турската война (1877–1878) и Освобождението, в Княжество България живеят около 15 000 евреи. По своята численост те са третата по големина етническа малцинствена група след турската (около 530 000) и влашката (около 50 000) души. (В Източна Румелия броят на еврейското население е 4 177, а след Съединението (1885)на Княжество България и Източна Румелия според общите резултати от преброяване на населението към 31.12.1900 г. броят на евреите възлиза на 33 661 души. ).

През 1880 г. Министерство на външните работи и изповеданията (МВРИ) изработва "Временни правила за духовното управление на християните, мюсюлманите и евреите в България", според които еврейското население в Княжеството в религиозно-административно и съдебно отношение се управлява от вероизповедната община, Главното равинство и духовните съдилища. До 1888 г. евреите в България са организирани в 33 вероизповедни общини в по-големите градове[11]: Съществуват и три еврейски ешкеназки общини в София, Русе и Варна. Със заповед № 367 от 14.Х.1906 г. Министерството на външните работи и изповеданията признава Консисторията[12] като официален институт, на чело на която стои главния равин.

Към 1915 г. ЕВРЕЙСКАТА ВЕРОИЗПОВЕДНА ОБЩИНА[13] е юридическо лице с право да притежава свои имущества, да приема дарения и завещания и се ползва от всички права на юридическото лице, а нейни органи са синагогалното настоятелство; училищното настоятелство и съвета на общината.

СИНАГОГАЛНИТЕ НАСТОЯТЕЛСТВА се състоят от 5 и от 7 члена (пропорционално на броя на семействата в еврейската община до 300 души и при по-голяма численост). Настоятелствата се избират на всеки 3 години със заповед на Министерството на външните работи и на изповеданията (МВРИ), като всеки енориаш, роден или живял най-малко 5 години в България и ползващ се с граждански права може да бъде избиран. Настоятелството ръководи и управлява духовните дела на общината, като всяка община е длъжна да открие и поддържа необходимите храмове и религиозни заведения и да издържа – според средствата и нуждите си – духовни служители. Всяко синагогално настоятелство има печат с надпис на български и иврит "Израилска община в [името на съответното населено масто]".

УЧИЛИЩНИТЕ НАСТОЯТЕЛСТВА. Еврейските общини поддържат и субсидират ред благотворителни и културни заведения – сиропиталища, погребални дружества, но първото и основно задължение на всяка еврейска община е издръжката на първоначални (в по-малките общини) и на прогимназиални училища (в по-големите), в които освен общообразователните (задължителни по закон и програма) предмети децата изучават еврейски език и вероучение. Според "Наредба-закон за училищните настоятелства на частните училища" (1886), всяко еврейско училище се ръководи и управлява от училищно настоятелство.

СЪВЕТЪТ НА ЕВРЕЙСКАТА ОБЩИНА се състои от синагогалните и училищни настоятелства (като едно и също лице не може да бъде член и на двете настоятелства) и определя бюджета на общината, респективно – на синагогалното и училищно настоятелство; решава проблеми свързани със сключване на заеми, покупко-продажба и ипотека на недвижими общински имоти и се произнася по всички въпроси извън компетентността на синагогалното и училищно настоятелства поотделно. Съгласно Закона за гражданското съдопроизводство, всички съдебни спорове се разглеждат от духовния съд на вероизповедната община.

До 1919 г. ГЛАВНОТО РАВИНСТВО е централното управително тяло на всички еврейски вероизповедни общини в България. В него действат Главен равин и Консистория. Консисторията е под прякото ръководство на Главния Равин и се формира от петима членове, трима от които съставляват Постоянно присъствие. Консисторията взема решения по всички въпроси от компетентността на Главния равин[14]. Консисторията действа под надзора на МВРИ, а училищните настоятелства са под надзора на министерство на народното просвещение. Всяка еврейска община, наброяваща над 1000 семейства, трябва да има свой равин. В България само две еврейски общини – тези в София и Пловдив, наброяват по численост над 1000 семейства.

През 1920 г. МВРИ регламентира свикването на Общ еврейски вероизповеден събор в България. Първият учредителен събор на българските евреи е проведен на 5 септември с.г. Броят на делегатите на Събора е определен според броя на еврейските семейства в дадена община (до 150 семейства – 1 делегат; до 300 – 2 делегати; до 500 – 3 делегати, над 500 – по 1 делегат повече) и във всяка община са проведени съответните избори. Съборът решава компетентността на Главния равин да бъде сведена до духовното ръководство на българското еврейство и до председателство на Върховния духовен съд. Главният равин заема най-високото място в йерархията на еврейското духовенство и се грижи за религиозното и нравствено ниво на еврейството, но не участва в делата на Консисторията, а е отговорен пред нея за своите дела. На практика се разграничават носителите на отделните функции – светски и духовни.

Към началото на Втората световна война (1939 г.) Консисторията е върховен представител на еврейството в Царство България и изпълнителен орган на Събора. Според Устава за устройството и управлението на еврейските общини и Консисторията в България (приет през 1920 г., изменен и допълнен на Втория събор през 1932 г.), тя се състои от 21 члена. Девет от членовете имат за постоянно местожителство столицата София и съставляват Постоянното присъствие. Останалите 12 члена са от провинцията и заедно с Постоянното присъствие образуват Пленум на Консисторията. Консисторията се налага като институт, представляващ еврейството пред централните административни власти и е отговорен пред тях по отношение на цялата общност. В кръга на своята компетентност Консисторията се грижи и извършва начинания за всестранното развитие на еврейството в България, изпълнява решенията на Събора, следи за изпълнението на устава за устройството и управлението на еврейските общини, субсидира нуждаещите се общини за издръжка на техните училища, контролира бюджетите, ръководи еврейското учебно дело. МВРИ одобрява това разграничаване и през 1927 г. със заповед признава избора на консисториалния състав само от светски лица. В условията на създадената верска свобода и автономия еврейското население в България заживява свой пълнокръвен живот. Едновременно с това българските евреи не са изолирана и самоцелна общност – по подобие и в унисон с цялостния културен и обществен подем[15], във всеки български град с по-значително еврейско население се появяват обществени, културно-просветни, благотворителни, спортни и туристически дружества, хорове, театрални кръжоци, сдружения на художници и артисти, които формират и утвърждават културни традиции, еднакво значими както за еврейската така и за българската култура. Сред тях, като образци на културата, създадени през ХХ век могат да се посочат Централна софийска синагога[16], Еврейската болница паметник, посветена на загиналите през Първата световна война (1915–1918) военнослужещи-евреи[17], Еврейският културен дом[18]. Към 1936 г. в България действат 15 забавачници, 26 първоначални училища и 5 еврейски прогимназии (с обучение на български език и иврит) с общ брой на учениците в тях около 3 000, като в София и Пазарджик са построени и отделни училищни сгради. Броят на еврейските вестници и списания издавани на български достига до 88, а тези – на ладино и иврит е 57.

Освен известните у нас имена[19], на евреи – художници и музиканти бих посочила и тези на Жул Паскин (1885, Видин-1930, Париж), който е гордост както за Франция, така и за България въпреки краткия му престой във Видин, носителя на Нобелова награда за литература Елиас Канети (1905, Русе-1994, Цюрих), живял за кратко в Русе. Подобен е случаят и със скулптура Борис Шатц (1866, Ворно-1932, Ню Йорк), роден в Литва под името Шломо-Залман Дов Барух, живял и творил 11 години в България, а в последствие създател на музея "Бецалел" в Йерусалим.

                До началото на Втората световна война българските евреи имат свои представители във всички изборни държавни органи и повечето обществени организации. В работата на Народното събрание участват Гавриел Алмознино (Учредителното събрание), Моше Гарти и Рафаел Моис (Областно събрание на Източна Румелия), Хаим Фархи (V ВНС), Аврам, Яков (ХVІІІ ОНС), Хаим Исаков Давидов (ХХІ ОНС) и Йосиф Фаденхехт (V ВНС и ХVІ-ХХ ОНС). Освен участието си като народен представител, през 1918 г. видният юрист Йосиф Фаденхехт е избран за министър на правосъдието в правителството на Александър Малинов, а от 1931 до 1939 г. той е председател на Съюза на бълтарските адвокати. В редица градове на страната евреите участват и в местните органи на управление. Сред тях бих посочила имената Мордохай Хаим, Аврам Давид, Сабитай Пизанти, Саул Мезан като членове на Софийския общински съвет. Повече от 25 години от живота на Хенри Улрих Левенсов преминават в служба на Министерство на външните работи и вероизповеданията където постъпва през 1924, а от 1926 е зачислен в дипломатическата и консулска кариера.

Рахамим Мушонов, Аврам Таджер, Морено Грасияни, Сасон Алкалай Аврам Рефетов, Август Розентал, Хазкия Сабитай Давидов, Йосиф Хербст достигат до воени чинове в редовете на българската армия, а в по време на Сръбско-българската, Балканските и Първата световна война около 900 евреи се бият за свободата на България.

Към началото на Втората световна война в България живеят над 40 000 евреи като 96% от тях са жители на градовете, а 4% живеят в селата. Социалният им състав включва търговци, занаятчии, индустриалци, работници, чиновници. Голяма част от тях са последователи на ционистическата идея, а други симпатизират на БРСДП.

III. ХОЛОКОСТЪТ И ЕВРЕЙСКАТА ОБЩНОСТ В БЪЛГАРИЯ

След средата на 30-те години на ХХ век европейските международни отношения навлизат в нов етап, който води до началото на Втората световна война (1939–1945). След 1933 г. в Германия започват гонения срещу евреите, които с присъединяването на Австрия (т. нар. Аншлус) и завладяването на Чехословакия, и Полша, постепенно приближават и Балканите. Нюрнбергските закони от 1935 г.[20], които лишават германските евреи от граждански права, се превръщат в законодателен модел и за сателитите на Германия. За периода 1938–1939 г. страни като Полша, Испания, Словакия, Италия, Чехия, Унгария също обнародват антиеврейски актове[21]. Антиеврейското законодателство не подминава и Царство България. На 24 декември 1940 г. ХХV Обикновено народно събрание (ОНС) гласува и приема Закон за защита на нацията (ЗЗН)[22], с което законодателно се поставят основите и на българския "еврейски въпрос". В годините слез приемането на ЗЗН законодателната и изпълнителната власт в държавата увеличават антиеврейските нормативни актове, които най-общо могат да бъдат очертани така:

1941 г.ЗЗН влиза в сила и към него е изготвен Правилник за прилагането му. Същата година са приети и Закон за еднократен данък върху имуществата на лицата от еврейски произход[23], Закон за изплащане на непокритите имоти на лицата от еврейски произход, предложени на държавния поземлен фонд за изкупуване, съгласно ЗЗН[24], и редица Постановления на Министерския съвет (ПМС)[25] за изключването на евреите от различни стопански дейности, както и за използване на безплатния труд на мъжете.

1942 г. Още в началото на годината Народното събрание приема Закон за ликвидиране концесионните аптеки на лицата от еврейски произход[26]. Отново с поредица подзаконови нормативни актове на изпълнителната власт се засилва ограничаването на участието на евреи в стопанския живот, като едновременно с това се добавят нови възможности за безплатно използване на техния труд. Министерският съвет одобрява и подсигуряването на безплатен труд на лица с еврейски произход за строеж на нови железопътни линии и водни строежи. На 9 юли 1942 г. правителството на проф. Богдан Филов получава законодателни пълномощия, противоречащи на чл. 9 от Търновската конституция[27]. Гласуван е закон, който възлага на Министерския съвет да вземе всички мерки за уреждането на еврейския въпрос. Така правителството получава правото да издава общи наредби или отделни разпореждания за по-целесъобразни и по-резултатни ограничения и мерки както над евреите, така и над техните укриватели. До одобряването на тези наредби от Народното събрание те имат силата на наредби-закони. През 1942 г. е създадена и най-страшната институция – Комисарството по еврейските въпроси (КЕВ), която ще инициира както мерките срещу евреите, така и тяхното прилагане. Едно от първите действия на КЕВ е фактическото обозначаване не само на имуществото и производството, а и на всяко лице от еврейски произход. От 29 септември 1942 г. всички лица от еврейски произход са задължени да носят на връхната си дреха жълта звезда, а на пресата е забранено да публикува каквито и да е коментари и новини, свързани с еврейското население в страната.

1943 г. Периодът февруари – март преминава под знака на усилена тайна подготовка от страна на правителството за депортиране извън пределите на страната на цялото еврейско население, в това число и на евреите от новопридобитите територии – Западна Тракия и Македония. На 22 февруари 1943 г. е подписано споразумение между германския представител Теодор Данекер и българския комисар по еврейските въпроси Александър Белев за изселването "най-първо на 20 000 евреи от новите земи". В заглавието на документа думата "нови" е зачертана и силата му на практика става валидна за всички български евреи. Споразумението подлежи на утвърждаване от Министерския съвет на Царство България, а според Закона за възлагане на Министерския съвет да взема всички мерки за уреждане на еврейския въпрос и свързаните с него въпроси, не подлежи на обсъждане от действащото ХХV ОНС. Споразумението е утвърдено от кабинета на Б. Филов, който на 2 март 1943 г. гласува общо 7 ПМС[28], регулиращи акцията по изселването, считано от месец март. Извън одобрените постановления КЕВ съставя и Окръжно за изготвяне на списъци на по-видните, по-богатите и по-обществено проявени евреи от различни градове на Царство България. Те трябва да допълнят упоменатата в споразумението цифра 20 000 души. След неуспеха, претърпян при опита за изселването на евреи, живущи на територията на Царство България, комисарят Ал. Белев разработва нов План за изселване на евреите от страната[29], който предвижда:

а) изселване на всички 48 000 евреи от територията на България в германските "Източни райони" с оглед на държавната сигурност на страната;

б) изселване на живеещите в София 25 000 евреи в провинцията, в случай, че точка "а" не може да бъде осъществена.

Поради силната обществена реакция в страната през май 1943 г. Министерския съвет решава да изсели евреите от София във вътрешността на страната[30]. В края на август 1943 г. на българското правителство се налага "да избегне за момента всякакви вътрешнополитически мъчнотии поради еврейския въпрос, както и свързаната с това сензация извън границите". На 14 септември 1943 г. кабинетът на Филов подава оставка. Въпреки, че положението на евреите в България остава непроменено, следващите правителства, оглавени от Добри Божилов и Иван Багрянов не предприемат мерки за депортиране на български евреи. На 31.08.1944 г. Министерският съвет приема наредба, с която частично се отменят някои и се изменят други членове от ЗЗН. На 8 септември сутринта започва навлизането на съветската армия в България. Правителството, оглавено от Кимон Георгиев приема наредба-закон за отменяне на ограниченията на лицата от еврейски произход.

Непосредствено след правителствената и политическата промяна в България на 9 септември 1944 г. еврейската общност започва възстановяването на своя нормален граждански, икономически, политически и културно-просветен живот. Със заповед на Министерството на вътрешните работи (МВР) още на 25 септември 1944 г. е определен състава на Централната консистория на евреите в България, чиито основни задачи са изградени съобразно политическата платформа на Еврейския отечествен фронт, а именно: ликвидиране последиците от ЗЗН, организиране професионалното обучение на еврейската младеж, възстановяването на еврейските жилища и собственост. Програмата предвижда и редица мерки за възстановяване на еврейските училища, създаване на еврейски читалища, театър и клубове, както и за възстановяването на еврейския периодичен печат в България. Дейността на новоучредената Централна консистория на евреите в България е неразривно свързана както с интересите на еврейството, така и с тези на страната като цяло – превъзмогване на последиците от Втората световна война.

Francine MAYRAN

Art et Shoah

Je suis très émue de présenter ici à Sofia de nouvelles œuvres mémoire de la Shoah, ces 3 portraits de Justes Bulgares le travail artistique de mémoire que j’ai entrepris pour éviter l’oubli, pour réveiller les consciences, des œuvres qui questionne la capacité des hommes à la barbarie, tout en rappelant par ces 3 portraits qui s’ajouteront aux autres Justes déjà peints, la capacité de certains hommes au Bien, eux qui sauvèrent l’honneur de l’humanité, refusant l’indifférence et l’aveuglement.

   

Depuis 2008, en tant que peintre et psychiatre, j’essaie de transmettre la mémoire des victimes du nazisme dans une exposition itinérante au travers de 40 lieux d’Europe publiques ou de mémoire.

Je veux honorer la mémoire des victimes du nazisme,éveiller les consciences et questionner l’indifférence et la responsabilité des Hommes témoins de l’Histoire.  Comment faire sentir les traces indélébiles d’un génocide pour les rescapés, les descendants et les traces que chacun de nous et l’humanité toute entière doit garder de ce drame du XXème siècle.

Face à la réalité de nous retrouver d’ici peu, sans aucun témoin direct, il me parait urgent de trouver de nouveaux moyens de transmission pour les jeunes générations. L’art est celui qui est à ma portée. Comme un passeur de mémoire, je tente de prendre le relais des derniers témoins directs qui peu à peu s'éteignent, pour éviter l’oubli, promouvoir les valeurs humaines et sensibiliser au danger de répéter l'Histoire.

Comme l’exprime Boris Cyrulnik, « il est du rôle de l’art d’interroger et d’utiliser toutes les armes ; alors que nous sommes à la veille de la disparition des derniers témoins, ce sont aux historiens mais aussi aux artistes, aux poètes, aux créateurs de fictions, de prendre la parole. ».

Au travers de mes peintures et mes céramiques et de textes, je tente de représenter la mémoire collective. Mais il s’agit surtout pour moi de rappeler la dimension humaine de l’Holocauste que l’anonymat des chiffres rend abstrait, pour sensibiliser au destin individuel et rappeler que derrière les chiffres se trouvaient des individus, avec leur histoire propre. C’est pour moi à la fois un moyen d’honorer la mémoire des disparus assassinés dans les camps par la barbarie nazi, mais aussi de transmettre la mémoire de ceux qui ont survécu.

Mais si je suis là aujourd’hui, c’est surtout pour partager avec vous ces 3 nouvelles toiles rappelant la mémoire des 3 héros bulgares, qui reçurent le titre de « Justes parmi les nations », eux qui par leurs actes, ont défendu les droits de l’homme nous permettant de croire encore en la valeur des hommes, eux qui doivent représenter pour les jeunes des lumières dans l’obscurité qui règne souvent dans notre monde :

Ø Dimitar Pechev qui n’a pas hésité en 1943 au Parlement en s’opposant à la politique antisémite du pouvoir exécutif a mettre en jeu son poste de vice président de l’assemblée.

Ø Et les portraits des métropolites Stefan de Sofia et Cyrille de Plovdiv qui tous deux symbolisent le rôle remarquable de l’Eglise orthodoxe.

Ø

·                J’ai voulu rappeler et transmettre la mémoire des actes de courage du métropolite Stefan qui condamna la déportation des juifs devant la foule rassemblée lors de son service religieux à la fête des Saints Cyrille et méthode. le métropolite Stefan, qui demanda l’annulation du projet au Premier ministre et qui éconduit, n’en resta pas là en menaça de baptiser tous les juifs qui le demanderaient . Puis n’hésitant pas à prendre des risques, il abrita chez lui le rabbin Hananel chef de la communauté juive de Sofia, ce qui lui valut d’être mis aux arrêts à son domicile.

·                J’ai voulu rappeler et transmettre la mémoire des actes de courage du métropolite Cyrille, qui menaça de se coucher sur les rails si on déportait les Juifs de sa ville en déclarant « Partout où les Juifs seront envoyés, j’irai avec eux »

Mais à travers ces portraits , je veux surtout rappeler que c'est tout un peuple, ses élites comme ses citoyens, qui se mobilise, au nom d'une tradition bulgare de tolérance.  L’évitement de la déportation des 50 000 juifs bulgares n’aurait certainement pas abouti sans la solidarité des Bulgares et leur tolérance traditionnelle envers leurs voisins de différentes ethnies et religions. 

L’ambassadeur allemand en Bulgarie Beckerle écrivait notamment : « Grandi au milieu de Grecs, de Turcs et de Tziganes, le Bulgare ordinaire ne comprend pas le sens de la lutte contre la judaïté, alors que la question même des races n’a trouve aucun écho auprès de lui. »

Comme l’a dit Elie Wiesel dans son discours à Oslo à l’occasion de la remise du prix Nobel de la Paix : « La neutralité aide l’oppresseur et non sa victime. Parfois, il nous incombe d’intervenir. Lorsque des vies humaines sont en danger, que la dignité humaine est menacée, frontières et susceptibilités nationales doivent céder devant l’action. Là où des hommes et des femmes sont persécutés en raison de leur race, de leur religion, de leur situation politique ou sociale, est pour nous, en ce moment précis, le centre de l’univers. »

Je voudrais que le chemin de mémoire de mon exposition continue pour relier les pays européens et leur mémoire, pour lier victimes et Justes, dans un même mouvement pour sensibiliser au danger de l’intolérance, de l’indifférence et de la soumission passive à une idéologie.

Plus que jamais, en Europe et l’attentat tout récent à Bruxelles, le révèle au grand jour,  on relève une résurgence de l’antisémitisme. Or  l'Europe, plus que tout autre continent, connaît parfaitement les risques de la pente glissante de l'antisémitisme - comment il commence et où il peut mener. L'Histoire enseigne que cette haine commence par viser les Juifs, mais qu'elle touche en fin de compte le bien-être de pays entiers. L’antisémitisme n’est pas qu’histoire des Juifs : il met à l’épreuve la capacité de la démocratie à se mobiliser pour elle-même.  

Après l’Holocauste, la réaction de beaucoup a été de dire « Plus jamais ça ! ». Les actes antisémites récents ne doivent pas seulement susciter la consternation, mais aussi des actions énergiques de la part de tous, pour que les préjugés, la discrimination et la violence dirigés contre les personnes juives appartiennent définitivement au passé.

je rappellerai cette phrase d’Albert Einstein «Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.»

Par mes toiles, j’essaie de susciter une réflexion, pour que la jeunesse reste en éveil face aux prémices d’autres génocides afin qu’elle ne se laisse plus jamais manipuler pour justifier l’injustifiable, afin de renforcer les solidarités, refuser « la pollution de haine » et « le processus rampant du rejet de l’Autre et de son particularisme » mais surtout pour faire sentir la valeur de la vie humaine et de tout individu.

Comme l’a dit Picasso:« La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre, offensif et défensif, contre l'ennemi » et pour moi l’indifférence et la passivité sont les ennemis. L'indifférence est ce qui permet au mal d'être fort, ce qui lui donne le pouvoir.

Et pour finir, je reprendrai la phrase extraordinaire de l’UNESCO : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

I. En quoi l’art a-t-il un rôle de transmission

1. rôle de l’art chez les artistes déportés  et rescapés des camps

2. La place de l’art dans mon œuvre

Mes créations sont au service de la mémoire et de l'Histoire pour les questionner, tenter d’éviter l’oubli et sensibiliser au danger de répéter l'Histoire. Alors que l’histoire analyse les faits et informe; L’art renvoie chacun à lui-même pour qu’il se questionne. L’art transmet un message universel qui dépasse le souvenir, pour une prise de conscience,  pour réfléchir, pour susciter plus de questions que de réponses, pour relier  passé, présent et avenir.

C’est dans cet objectif que s’est construit une exposition qui parcourt depuis 2008 un chemin de mémoire européen

II. Par le biais de mon travail artistique, la Shoah et les autres génocides peuvent être abordés, sous plusieurs axes :

  1. Aborder la mémoire collective et Interroger la responsabilité des Hommes témoins de l’Histoire, la difficile position de témoin, l'indifférence, par des toiles de foules pour qu’au travers de la Shoah, soit  questionnée la capacité individuelle à rester passifs ou à devenir un témoin actif.

2. Mais surtout rappeler les mémoires individuelles, par des portraits sur béton, en sortant les victimes assassinées, rescapées ou enfants cachés de l’anonymat,leur redonner leur nom, leur visage et leur humanité. Je veux rappeler la dimension humaine de l’Holocauste que l’anonymat des chiffres rend abstrait, pour sensibiliser au destin individuel et rappeler que derrière les chiffres se trouvaient des individus, avec leur histoire propre. Je veux aussi témoigner de la valeur précieuse de toute vie humaine.

3. Questionner la résilience et les traces laissées par la barbarie.

4. Etonner et interpeller les élèves par des la présence de chiffres dans les toiles qui symbolisent  la barbarie et la déshumanisation

5. Représenter et faire connaitre le génocide tsigane

6. Me faire l’écho de toutes les mémoires avec un polyptique de 9 toiles réalisé  à la demande du Conseil de l’Europe, pour illustrer des fiches pédagogiques sur les différents groupes de victimes européennes du nazisme.

7. Questionner le danger du négationnisme, avec des toiles sur le drame particulier de la ville de Thessalonique

8. Questionner la place de la musique et de la culture dans les camps, avec des portraits de musiciens des orchestres des camps

9.Questionner la rupture dans l’histoire de l’humanité que représente la Shoah, avec des toiles vues d’avion, quasi abstraites.

10. Rappeler la capacité individuelle au Bien, avec des portraits de Justes.

11. Réfléchir aux autres génocides Tutsi, Arméniens, par des toiles de victimes, de survivants et de Justes et des textes écrits avec l’aide de survivants et descendants.

III. Travail en commun avec les enseignants

Pour contrer le mal et le danger, il faut unir les forces et c'est ce que je propose aux enseignants : Bâtir ensemble un chemin de mémoire pour sensibiliser les scolaires et les faire réfléchir au danger de l’intolérance, de l’indifférence et de la soumission passive à une idéologie, et au rôle que chacun peut prendre devant les drames individuels d’un génocide.

1. Je propose de transmettre aux enseignants par mail les images des toilesqu’ils choisiront sur mon site (www.fmayran.com), selon l’angle sous lequel ils décident d’aborder la Shoah avec leurs élèves. Je pourrai joindre la photo d’archive dont je me suis inspirée la réalisation de la toile . ainsi ils pourront travailler avec leurs élèves à la fois  sur les plans historique et artistique.

2. Je propose de réaliser des peintures à l’huile à partir de photos que les enseignants me transmettront, des portraits de Justes ou de victimes de leur pays, de leur région, accompagnés d’un petit texte de témoignage ou des photos des déportations locales, que je peindrais et leur retransmettrais par la suite.

3. Parallèlement ces nouvelles toiles réalisées grâce à eux, seront présentées dans les prochains lieux d’exposition, l’objectif étant de transmettre de nouvelles histoires individuelles et collectives dans les lieux où l’exposition fera de nouvelles haltes dans le but d’unir les mémoires et de les diffuser et partager, et de faire revivre des mémoires perdues et faire connaitre les richesses individuelles de victimes disparues, de survivants et de Justes.

Mes coordonnées :

Francine Mayran

16 rue Twinger

67000 Strasbourg

+33 6 35130240 / +33 3 88255556

Mon adresse mail : francine.mayran@gmail.com

Mon site : www.fmayran.com

Jean-Baptiste PATTIER

La propagande antisémite et le sauvetage des Juifs bulgares dans les caricatures de presse du journal bulgare   Papagal (папагал) 1939-1944

Introduction /

Cette étude a été realisée dans le cadre du programme d’échange européen Erasmus de septembre 2006 à juin 2007, échange entre l’université de Caen Basse-Normandie, laboratoire CRHQ-CNRS et l’université Saint Kliment Ohridski de Sofia.

1. La découverte de cette source exceptionnelle : le Papagal

A l’origine, l’étude devait porter sur des affiches de propagande réalisées durant la Seconde Guerre mondiale et placardées en Bulgarie. Mais après 4 mois de recherches aux archives nationales, dans les fonds de la bibliothèque nationale Kiril et Methodi, aux archives  de la cinémathèque, aucune affiche n’a été trouvée sur la période souhaitée. Seulement des affiches sur l’issue du conflit ou sur la commémoration de la victoire communiste du 9 septembre 1944.

Il a donc été decide de s’intéresser aux journaux de propagande. : Mir, paix, Steurchel, frelon, Papagal, perroquet, Maskarad, mascarade, Baraban, tambour, Tchouréou, grillon. Après dépouillement de ces archvies à la bibiliothèque nationale Siant Cyril et méthode, le Papagal apparaît comme le seul journal publié et present dans les archives sur l’ensemble de la période de la Seconde Guerre mondiale. La qualité des caricatures : grandeur, couleurs, dessins s’est tout de suite imposée, le journal Papagal devient donc l’objet d’étude.

2. Pourquoi la Bulgarie durant la Seconde Guerre mondiale ?

Une question taraude les historiens français et européens : Quel est le statut de la Bulgarie durant la Seconde Guerre mondiale ? Tour à tour neuter, puis du côté des Allemands, puis de nouveau du côté des Alliés. La Bulgarie a changé trois fois de statuts durant la Seconde Guerre mondiale. Ces trois positions bulgares durant la Seconde Guerre mondiale pousse Raul Hilberg, auteur de l’ouvrage reference La destruction des Juifs d’Europe a qualifié la Bulgarie de “satellite opportuniste”.

3. L’objet d’étude : Les caricatures de propagande, un outil didactique pour l’utilisation en classe

Dans la preface de l’ouvrage de Christian Delporte, Les crayons de la propagande, l’historien René Rémond voit dans cette source un élargissement de « notre conception des sources documentaires où l’historien puise son information et enrichit du même mouvement notre vision des composantes de l’histoire. »[31]  Dans son introduction, Christian Delporte parle d’ « outil de communication infiniment populaire, accessible au plus grand nombre ». Il explique aussi que le dessin de presse fut souvent l’unique instrument pour découvrir le visage des hommes politiques et pour se forger une idée sur leur personnalité. Le dessin de presse est de nature à peser sur les jugements et les appréciations, à se fixer plus profondément dans l’inconscient individuel et collectif qu’un article vite oubliée[32]. Le dessin est donc une arme politique d’autant plus redoutable qu’il puise sa force dans le manichéisme et la schématisation. Toujours dans son introduction, Christian Delporte affirme que « pour l’historien, le dessin se distingue alors comme un remarquable instrument pour repérer les racines, la nature, le fonctionnement, les variations chronologiques, les permanences et les mutations, les cohérences et les contradictions de la propagande, mais aussi les origines, les caractères, la complexité, les paradoxes et l’évolution des ideologies. Il réunit toutes les composantes pour une utilisation optimale en classe. Il permet d’attirer l’attention des élèves tout en leur expliquant le danger du dessin et la diffusion de stéréotypes.

4. Présentation de la source : Le journal Papagal

Le Papagal est un journal bulgare qui signifie Perroquet. Il se qualifie de journal « humoristique ». Son but est donc de faire rire. Il est présent dans les archives des périodiques de la bibliothèque Saint Cyril et Saint Méthode de Sofia. Les caricatures en couleur ont un format de 380 mm x 675 mm. Le directeur du journal, Peter Dometiev Petrov, et le rédacteur en chef, Nikola Mahaïlov Bonev restent en place tout au long de la période.

Le journal Papagal parait pour la première fois le 23 mai 1939 et pour la dernière fois courant janvier 1944. Le journal est imprimé à Sofia dans l’imprimerie « Sava Petrov » du directeur du journal[33]. Aucune information n’a été trouvée sur ces deux hommes et sur l’imprimerie, ni dans les encyclopédies, ni dans le fond d’archives aux archives nationales[34]. Nous savons en revanche que le Papagal fut un journal « suivant la  position officielle du gouvernement de 1939 à 1944 »[35] selon le catalogue officielle des périodiques bulgares. Rappelons que la liberté de la presse est limitée en Bulgarie depuis 1934 et le début du régime autoritaire du souverain Boris III.

Le journal Papagal rencontre un success grandissant. Il passe de 4000 exemplaires à 15 000 exemplaires entre 1939 et 1944[36], soit une augmentation de + 275 %. Le périodique se place numéro 2 des journaux les plus tirés sur la période 1939-1945, derrière le journal le plus populaire, Mir, «paix » en Bulgare. Ce journal, fondé en 1894, était publié à 20.000 exemplaires[37].. Il ne paraît plus comme le Papagal, en 1944. En revanche, aucune information concernant la diffusion géographique du journal n’a été trouvée. A-t-il été diffusé uniquement à Sofia ou dans les autres grandes villes de Bulgarie comme Plovdiv, Veliko Tarnovo ou même jusque sur les bords de la mer Noire à Varna[38]?

Chaque caricature est accompagnée d’un cartouche explicatif écrit en bulgare. La langue allemande apparaît au numéro 81 du 8 février 1941 dans son contexte historique. La Bulgarie a décidé d’adhérer au Pacte tripartite et de rejoindre les puissances de l’Axe, son gouvernement est pro-allemand, le journal le devient aussi. Rappelons aussi que la Bulgarie signe avec le IIIème Reich une convention culturelle dès le 19 juin 1940.

5. L’influence supposée des ligues d’extrême droite pro-nazie et antisémites dans le journal Papagal

En cette fin de l’année 1942, le Général Loukov, leader de l’opposition nationaliste pro-nazie des Légionnaires, organise un coup d’Etat contre le gouvernement et le roi Boris III. Lors d’un meeting privé des Légionnaires, Loukov présente son programme dans lequel il préconise l’envoi des troupes bulgares sur le front de l’Est pour lutter contre le bolchevisme. Et pour aller plus loin encore, il considère la participation de bulgares sur le front de l’Est comme un devoir à accomplir. Il critique aussi le régime politique en place qui, selon lui, n’aide et ne supporte pas le peuple. Au mois d’août 1942, Boris III reçoit des rapports expliquant que le général Loukov, Beckerle, l’ambassadeur du Reich et le colonel Pantev[39], le chef de la Police Bulgare, veulent renverser le gouvernement Filov pour le remplacer par un gouvernement plus germanophile et clairement pro-nazi. Le roi, devant le fait accompli se trouverait dans l’obligation d’accepter. En outre, le colonel Pantev est en déplacement en Allemagne à la fin de l’année 1942, Boris III y voit une véritable conspiration. La tentative de coup d’Etat est un échec, Bogdan Filov forme un nouveau gouvernement en éliminant les éventuels complices.

      Les Légionnaires critiquaient surtout le régime bulgare pour son manque d’idéologie. Pour contre-attaquer, Bogdan Filov prononce un discours le 15 septembre 1942 au Military Club de Sofia. Ce discours doit poser les bases d’une idéologie pour le régime. Au final, le discours est décevant au regard des plus extrémistes qui souhaitent un rapprochement total idéologique et militaire avec le Reich. Le Premier ministre bulgare refuse notamment la création d’un parti unique. Même si les Légionnaires considéraient le régime trop tiède idéologiquement, Bogdan Filov lors d’un meeting à Sofia le 15 avril 1942, avait tout de même déclaré : « L’objectif principal de notre politique est la création d’un état national bulgare puissant et d’une société juste  en accord avec les préceptes de L’Ordre Nouveau Européen. »[40].

Première moitié 1943, l’influence des legionnaires va s’amoindrir, le leader, le general Loukov est assassiné le 13 février 1943. C’est d’ailleurs à cet instant étrangement que le Papagal cesse de paraître. Y’aurai-t-il eu un lien entre les Légionnaires d’extrême droite et la direction du journal ? La question reste en suspend.

Partie 1 / Les artistes du Papagal : Changement des hommes, changement des messages

                Les artistes signent les caricatures, ils sont les metteurs en scène, les créateurs. Ils « chargent », au sens étymologique de caricature, les personnages incarnant les Etats en guerre. Ils dessinent, par la force de l’arme du crayon, la ligne éditoriale du journal.

                Un seul artiste réalise des caricatures du début à la fin du journal, Bonev. Un artiste pourtant prolifique, Alexander Jendov - il signe près de la moitié des caricatures du journal  en 1940 -  quitte le journal définitivement en 1941 pour laisser la place à deux autres artistes Vero et Kamenov. Ces deux artistes ne travaillent que deux années, en 1941 et 1942.

     Bonev est le seul à dessiner jusqu’à la fin, Bonev est en réalité Nicolas Michaël Bonev, le rédacteur en chef du journal de 1939 à 1944. 

     Alexander Jendov signe sa dernière caricature dans le journal Papagal le 31 mai 1941 au numéro 97 alors que l’année auparavant il a réalisé près de la moitié des caricatures. Cet arrêt brutal de coopération et de travail d’Aleksander Jendov avec le Papagal s’explique avec le changement de la ligne éditoriale du journal en corrélation avec l’apparition d’un nouvel artiste qui signe sa première caricature au numéro 82 du 15 février 1941 : Kamenov.

     Le changement de la ligne éditoriale du journal sera largement expliqué dans les parties à venir mais nous pouvons en annoncer une partie pour expliquer le départ d’Aleksander Jendov. Quand Aleksander Jendov part alors que Kamenov arrive, le changement du contenu des caricatures se caractérise par l’apparition de

L’idéologie allemande nazie qui progresse et se renforce dans le Papagal prend corps dans la représentation du juif qui apparaît pour la première fois au numéro 102. Une très grande partie sera consacrée à la représentation du juif et à la question juive bulgare, mais la caricature antisémite et l’usage de la représentation du juif est une nouvelle fois affaire d’artistes, dont un en fait sa spécialité : Kamenov.

    Les artistes réalisant des caricatures antisémites dans le journal Papagal

Artistes

Kamenov

Bonev

Vero

Anonyme

Total

Cas

N

%

N

%

N

%

N

%

N

%

A

14

56

5

20

3

12

3

12

25

100

B

42

33,3

117

4,27

11

27

12

25

A Part des caricatures antisémites réalisées par l’artiste par rapport au nombre total de caricatures antisémites présentes dans le Papagal.

B Part des caricatures antisémites réalisées par l’artiste par rapport au nombre total de ses dessins publiés dans le Papagal

                Il existe trois artistes qui réalisent des caricatures antisémites : Kamenov, Bonev et Vero. La présence de Bonev n’a rien de très surprenant, il est le seul artiste à rester fidèle au crayon de mai 1939 à janvier 1944. Nous retrouvons là les deux artistes présents uniquement entre 1941 et 1942, quand la politique gouvernementale bulgare menée est au plus proche des allemands. Les premières mesures contre les juifs sont votées au mois de janvier 1941 dans la « Loi pour la sauvegarde de la nation ». Ce nouvel évènement coïncide toujours avec l’arrivée à la rédaction de Kamenov et Vero et le début des caricatures antisémites. L’artiste le plus prolifique est Kamenov, il réalise 56 % des caricatures dans lesquelles sont représentées un juif et il représente le juif dans un tiers de ses caricatures. Kamenov n’est pas connu comme Aleksander Jendov, présent dans tous les registres d’ouvrages aussi bien dans des ouvrages d’art et de culture que des ouvrages généralistes. Un seul article a été trouvé concernant Kamenov[41]. Parfois Kamenov signe K.K., Kamenov s’appelle en réalité Konstantin Kotsev Kamenov. Il est né en 1901 et meurt en 1953 à Sofia. Malgré la réalisation de caricatures pro-allemandes et sa participation à la diffusion de la propagande allemande, Kamenov n’a donc pas été exécuté par les communistes, sept ans après l’arrivée des communistes au pouvoir, il vit encore. Il a travaillé dans dix journaux différents tout au long de sa carrière. Dans l’encyclopédie culturelle bulgare, la période 1941-1944 de Kamenov est définie ainsi : « Pendant la période 1941-1944, il tombe dans un grossier et rude chauvinisme et réalise des caricatures pour des journaux de presse à sensation.[42] » La période de la Seconde Guerre mondiale est donc largement édulcorée. L’encyclopédie ne parle pas de caricatures antisémites ou de thèmes de l’Allemagne nazie.

     Kamenov signe sa dernière caricature au numéro 174 du 21 novembre 1942. A partir des véritables défaites de l’Axe, à cette date, nous parlons bien sur de l’Afrique du Nord, Kamenov ne revient plus. Son départ correspond vraisemblablement à la politique étrangère bulgare qui commence à se détacher du Reich. Nous retrouvons le même argument que pour les cartouches explicatifs.

                Si des artistes collaborent directement avec le pouvoir en place et relaie la propagande nazie et antisémite du IIIème Reich, d’autres se retirent au moment meme où l’antisémitisme gagne le journal. C’est le cas du célèbre et populaire dessinateur et artiste Aleksander Jendov  (1901-1953).  Il adhère au parti communiste en 1924. Après des etudes de graphisme  et de decoration à Berlin et des etudes de techniques artistiques à Moscou, Aleksander Jendov signe de nombreuses caricatures de Hitler et dénonce le nazisme dans ses dessins. Lorsque le Papagal relaie la propagande du IIIème Reich, il ne signe plus aucune caricature. Est-ce une mise à l’écart subie car décidée par la direction du journal ? Aleksander Jendov a-t-il préféré quitter le journal en voyant le changement de la ligne éditoriale ? Le mystère reste entier mais la question devait être posée.

   L’étude des artistes est donc révélatrice de l’évolution éditoriale antisémite du journal en adéquation avec l’évolution de la situation politique de la Bulgarie et des relations entretenues par les élites dirigeantes avec l’Allemagne.

Partie 2 / Antisémitisme dans le journal et contexte politique

1. Caricatures antisémitises dans le Papagal et mesures gouvernementales bulgares 

La première caricature antisémite est publiée au numéro 102 le 5 juillet 1941. Baï Pijo se penche sur un Juif aux lèvres cadenassées et dont la tête émerge d’un sac. En 1941, 11,6 % des caricatures publiées sont antisémites. L’année 1941 est marquée par la mise en vigueur de la « Loi sur la Sauvegarde de la Nation » votée le 24 décembre 1940.

En 1942, 25 % des caricatures sont antisémites, c’est l’année où la part des dessins antisémites est la plus importante. En juin 1942, l’Assemblée investit le gouvernement des pleins pouvoirs en matière d’affaires juives. Le 26 août 1942, un commissariat aux questions juives est crée avec à sa tête Alexandre Bélev. A l’automne 1942, l’ambassadeur allemand à Sofia, Adolf Beckerle, et Theodor Dannecker, Hauptsturmfürher SS envoyé d’Eichmann, doit faire entrer la déportation des juifs dans sa phase finale.

En 1943, la part des dessins antisémites est de 13,3 %. Les fonctionnaires de l’ambassade d’Allemagne ne se montreront pas trop déçus ; ils écrivent le 5 avril 1943 : « en tenant compte de toutes ces circonstances, le résultat actuel de la déportation, 11 143 juifs, doit être considéré comme satisfaisant. Par rapport au nombre convenu de 20 000, on atteint 56 % »[43]. Référence aux Juifs de Macédoine et de Thrace.

2. L’influence supposée des ligues d’extrême droite pro-nazie et antisémites dans le journal Papagal

Au regard du contenu et du changement de la ligne éditoriale du journal Papagal, un lien entre la direction du journal et les ligues d’extrême droite bulgares peut être supposé. L’année 1942 est marquée par la par la plus importante de publications de caricatures antisémites. Durout toute cette année, l’influence du Général Loukov, leader de l’opposition nationaliste pro-nazie des Légionnaires est grandissante.  A la fin de cette année 1942, il organise un coup d’Etat contre le gouvernement et le roi Boris III. Lors d’un meeting privé des Légionnaires, Loukov présente son programme dans lequel il préconise l’envoi des troupes bulgares sur le front de l’Est pour lutter contre le bolchevisme. Et pour aller plus loin encore, il considère la participation de bulgares sur le front de l’Est comme un devoir à accomplir. Il critique aussi le régime politique en place qui, selon lui, n’aide et ne supporte pas le peuple. Au mois d’août 1942, Boris III reçoit des rapports expliquant que le général Loukov, Beckerle, l’ambassadeur du Reich et le colonel Pantev[44], le chef de la Police Bulgare, veulent renverser le gouvernement Filov pour le remplacer par un gouvernement plus germanophile et clairement pro-nazi. Finalement, la tentative de coup d’Etat sera un échec et Bogdan Filov forme un nouveau gouvernement en éliminant les éventuels complices.

      Les Légionnaires critiquaient surtout le régime bulgare pour son manque d’idéologie. Pour contre-attaquer, Bogdan Filov prononce un discours le 15 septembre 1942 au Military Club de Sofia. Ce discours doit poser les bases d’une idéologie pour le régime. Le discours est “décevant” au regard des plus extrémistes qui souhaitent un rapprochement total idéologique et militaire avec le Reich. Le Premier ministre bulgare refuse notamment la création d’un parti unique. Même si les Légionnaires considéraient le régime trop tiède idéologiquement, Bogdan Filov lors d’un meeting à Sofia le 15 avril 1942, avait tout de même déclaré : « L’objectif principal de notre politique est la création d’un état national bulgare puissant et d’une société juste en accord avec les préceptes de L’Ordre Nouveau Européen. »[45].

Première moitié 1943, l’influence des legionnaires va s’amoindrir, le leader, le general Loukov est assassiné le 13 février 1943. C’est d’ailleurs à cet instant étrangement que le Papagal cesse de paraître pendant un mois et demi[46]. Y’aurai-t-il eu un lien entre les Légionnaires d’extrême droite et la direction du journal ? La question reste en suspend.

Partie 3 / Une representation antisémite du personage juif

Comme le défini Marie-Anne Matard-Bonucci[47], l’antisémitisme est un « référentiel culturel », il est donc à la fois un code et une langue, un corpus d’idées et de textes, de références et d’images, mais aussi le processus ayant permis la circulation dans le temps et dans l’espace des représentations attachées aux juifs. Le mot « culturel » renvoie à l’usage établi en histoire culturelle, laquelle explore l’ensemble des représentations collectives propre à une société. L’emploie du mot « référentiel » fait référence à  un corpus et un système de références et le processus mettant en relation les acteurs et les représentations qu’ils véhiculent.

     Dresser un portrait du juif incarne déjà à lui seul la grande partie des stéréotypes.  Le juif dans les caricatures du Papagal ne diffère en rien des autres pays occidentaux. Dans l’introduction de l’ouvrage collectif Antisémythes, l’image des juifs entre culture et politique, Marie-Anne Matard-Bonucci consacre une partie à l’image du juif dans son sens premier. Pour elle, l’image antisémite est une source encore peu exploitée qui a joué un rôle aussi décisif que les textes dans la diffusion des stéréotypes. Du point de vue des thèmes véhiculés, l’image n’a probablement rien inventé mais elle a simplifié, synthétisé, matérialisé et parfois radicalisé les accusations du discours antisémite. Elle cite John Grand Carteret, collectionneur et spécialiste de l’image, qui a rassemblé un recueil de caricatures sur l’Affaire Dreyfus. John Grand Carteret décrit le rôle du « crayon qui pense, qui exprime en quelques traits ce que d’autres développent en d’indigestes articles ».

     Dans les représentations du juif, l’image ajuste parfaitement un discours dont les ressorts étaient la simplification, la répétition et la condensation des thèmes. La caricature antisémite utilise des représentations nées dans le cadre d’autres combats – antimaçonnique, anti-impérialisme britannique, antibolchevisme pour un seul ennemi judéo-maçonnique-bolchevique.  L’iconographie permit enfin plus aisément la circulation et l’exportation des thèmes antisémites, soit la construction d’un « référentiel » commun en Europe et au-delà. Ce référentiel commun se retrouve dans le journal Papagal.

1. Les signifiants physiques

                Dans la caricature, l’apparence est le premier élément repéré et repérable pour identifier un personnage. Les critères physiques sont essentiels à la fois pour savoir de quel personnage il s’agit. Le dessin du visage suffit à susciter une émotion et un sentiment au spectateur. Dans le cas de la représentation du juif dans le journal Papagal, les traits du visage et la représentation physique du juif sont travaillés pour faire naître chez le lecteur un sentiment de répulsion et de dégoût à l’exemple de la caricature du numéro 184 que le  juif est le plus repoussant et suscite un réel dégoût. Dans le journal Papagal, l’artiste bulgare s’inspire des dessins et des caricatures antisémites des autres pays d’Europe. Sa représentation physique s’intègre dans l’image internationale du juif crée au XIXème siècle[48].

Habiller le corps : le costume                                                                                                                            

 Si il y a bien un univers où « l’habit fait le moine », où du moins, l’habit souhaite faire le moine, c’est bien l’univers de la caricature. Pour construire l’ennemi, il faut l’habiller. Le Papagal est un « journal théâtre » avec une mise en scène, des « gentils », des  « méchants », un décor, des occupations de l’espace, l’artiste est aussi le costumier, c’est lui qui habille ses personnages pour encore une fois susciter une émotion au spectateur. Le personage représentant le Juif apparaît dans près de la moitié des caricatures en bourgeois. C’est une référence immediate à la richesse, à l’exemple de la caricature publiée dans le numéro 102, première parution d’une caricature antisémite.  Dans plus d’un tiers des caricatures (36%) des caricatures le juif  est mal habillé et suscite le rejet et la honte à l’exemple du numéro 174. Pire encore, le personage représentant le Juif devient un dangereux pirate dans le numéro 184. Au numéro 111, le Juif est un diable. Au numéro 146, le juif donne son visage à un monstre. Parfois, les caricaturistes font reference à la religion juive dans les numéros 157 et 223, le personage apparaît en présence d’une kippa sur la tête.

     L’habit du juif dans les caricatures bulgares répond aussi une nouvelle fois aux critères de la représentation antisémite internationale du juif.

Un visage expressif

 Concernant les expressions du visage, dans plus de la moitié des caricatures (60 %), le personnage représentant le Juif sourit au malheur d’autrui ou en s’attaquant lui-même à d’autres personnages. Il apparaît alors comme un personage dangereux et satisfait des mésaventures des autres personnages.  Cela entraîne chez le lecteur-spectateur de la méfiance et l’idée que le juif complote tout en jouissant du malheur des uns et des autres. Les dessinateurs du Papagal connaissent donc bien le vocabulaire graphique de l’antisémitisme et ne cessent de l’utiliser pour faire peur au lecteur-spectateur.

2. Les signifiants associatifs : la représentation du complot

L’argent et  les bijoux : la richesse et l’association judéo-anglo-saxone

                L’argent, les bijoux, les symboles de richesse sont des codes internationaux très forts pour identifier le juif. La formule antisémite de Drumont en est d’ailleurs le parfait reflet : « Les juifs sont venus pauvres dans un pays riche. Ils sont maintenant les seuls riches dans un pays pauvre. »[49] Ce stéréotype est unanime, et pour appuyer les mots et la plume, le dessin et le crayon.

Représentativité de la richesse

symboles sur les sacs d'argent

Dessins

richesse

£

$

£ + $

total

N

%

N

%

N

%

N

%

25

11

44

6

54,54

2

18,2

8

72,72

     Dans le Papagal, le juif est représenté avec des bourses et des sacs d’argent dans 9 numéros[50] et avec des bijoux dans deux numéros[51].  L’argent et les bijoux sont deux nouveaux signifiants du langage international antisémite représentés dans le Papagal. A ce constat s’ajoute la connivence avec l’anglo-saxon. 

     Au numéro 102, le juif est représenté avec des bagues. En revanche au numéro 160, le juif tient une couronne et pas n’importe laquelle,  “celle de l’empire britannique d’Inde[52] dont il aimerait être le chef”[53]

     Dès le premier numéro, au numéro 102, le juif est représenté  assis sur un sac avec le symbole de la livre sterling. La première représentation du juif dans le journal Papagal rassemble très vite tous les signifiants du juif acteur et instigateur du complot et complice du britannique. Tous les trois forment dans le Papagal le groupe des “impérialistes capitalistes dominateurs”[54].  Les symboles de la Livre sterling et du dollar sont directement associés à la richesse du juif dans près des trois quarts des caricatures. La livre sterling est le symbole le plus représenté : dans plus de la moitié des caricatures associant le juif et la richesse. L’argent, le juif, la Livre et le Dollar sont quasi indissociables dans le journal. Les deux seuls numéros où le sac d’argent est dépourvu de symboles monétaires sont les numéros 130 et 182.  Au numéro 130, le juif est dans l’eau il est attaché à un sac d’argent avec une chaîne. Cette caricature est très forte car l’argent est vraiment associé au juif, il est enchaîné à son argent. Dans la caricature du numéro 182, il déverse son argent sur Oncle Sam, John Bull et même Ivan. Dans ce numéro, à l’argent et au complot s’ajoute la représentation du  juif qui “tire les ficelles”.

L’étoile de David

                L’étoile de David est un code fort pour identifier le juif dans les dessins, les affiches ou les caricatures de propagande. Il fait aussi directement reference à l’étoile jaune stigmatisante imposée par les lois antisémites promulguées dans différents pays d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale. Le personnage représentant le Juif est caricature avec une étoile de David dans 56 % des dessins. Dans plus d’un tiers des cas, l’étoile de David est associé au complot “judéo-anglo-saxon” et dans 14,3 % des caricatures au complot “judéo-ploutocrato-anglo-saxon-bolchévique”[55].

     Dans plus d’un tiers des cas, l’étoile de David est utilisée pour stigmatiser les personnages de Churchill, Roosevelt ou de l’Oncle Sam. Aux numéros 103 et 109, elle figure sur le chapeau melon de Churchill et au numéro 121, elle est un pendentif en forme de bijou autour de son cou. Au numéro 206, l’étoile figure sur le revers de la veste de l’oncle Sam et au numéro 192, elle décore le fronton du pavillon anglo-saxon.

     A deux reprises, l’étoile de David domine tous les personnages contre Doytcho et les forces de l’Axe, au numéro 177, elle encadre la tête d’un juif au dessus de la revue des troupes opérée par Staline et commandé par Roosevelt. Au numéro 185, l’étoile figure sur le flanc d’une barque à côté de l’étoile rouge communiste. Dans cette barque, Churchill, Roosevelt, Staline et Tchang Kaï Tchek ont pris place.

     L’usage de l’étoile de David dans les deux dernières caricatures a un objectif bien précis : montrer que le juif est à la tête, au dessus de. C’est lui qui domine, c’est lui qui est derrière ce vaste complot. Parfois, il n’interagit pas avec les autres personnages mais se positionne comme un esprit omnipotent derrière tous les malheurs du monde. Nous arrivons là au paroxysme de l’antisémitisme. Par ce symbole, celui de l’étoile de David, le journal Papagal agite le fantasme et le spectre d’un vaste complot international dominé par le juif. Ce complot est composé aussi du franc-maçon au côté du juif.

    

3 - Le juif et le franc-maçon

                Une partie n’est pas consacrée au franc-maçon car il n’est représenté que trois fois mais toujours aux côtés du juif : aux numéros 111, 133 et 135.  Au numéro 111, le franc-maçon souffle avec son soufflet sur le feu chauffant la marmite que le diable juif remue. Au numéro 133, ils sont tous deux bras dessus dessous, et au numéro 135 ils habitent le toit de la maison « Vieille Grande-Bretagne » qui tombe en ruine. Le juif et le franc-maçon sont toujours représentés en même temps et connectés. Certes ils font partis dans chaque caricature d’un complot général mais jamais l’un sans l’autre. Le franc-maçon est reconnaissable à son compas, son triangle et son habit blanc comme un fantôme. Cet accoutrement renforce pour le lecteur le sentiment du secret et du complot. Le discours antimaçonnique intègre l’argumentaire antisémite à partir de la décennie de 1860 selon Jean-Philippe Schreiber[56]. Son importance ne fait que croître en France et en Europe, à l’image du succès de l’ouvrage français de Mgr Meurin, La Franc-Maçonnerie, synagogue de Satan, en 1893. Dans le Papagal,  le juif est associé au franc-maçon mais il s’incarne aussi dans deux personnages soviétiques.

4 - L’incarnation du Juif : Litvinov et Maïski, le judéo-bolchévisme

                En Allemagne dans les années avant l’arrivée de Hitler et encore davantage après son accession, certaines voix s’élèvent pour mettre en cause le juif dans la défaite du pays de la guerre 14-18. Ils sont aussi mis en cause aussi dans la révolution russe de 1917, le judéo-bolchevisme rejoint à cette date le concept de judéo-maçonnisme dans les figures de l’antisémitisme politique.

     Dans le Papagal, deux personnages historiques soviétiques sont sans cesse renvoyés au fait qu’ils soient Juifs. : Maïski et Litvinov. Durant le conflit, les deux hommes sont respectivement les ambassadeurs de l’URSS à Londres et à Washington.  Maïski est représenté aux numéros 121, 126, 139, 152 et 168. Litvinov est représenté aux numéros 152, 157 et 168. Les numéros 152 et 168 sont particulièrement intéressants car ils sont associés car le duo Maïski / Litvinov est associé au couple Churchill / Roosevelt. Les numéros 152 et 168 recouvrent le même thème : la demande de l’ouverture d’un second front. Au numéro 152, les deux homme crient « S.O.S. second front », Maïski, derrière la ville de Londres et Litvinov derrière la ville de Washington. Au numéro 168, ils quêtent tous deux avec leur chapeau haut de forme et demande de l’aide pour un deuxième front à Churchill et à Roosevelt. Ils sont représentés en bourgeois et sont comptés parmi les 25 présences de juif. L’incarnation humaine et personninfiée du Juif dans deux personnages réels renforce les messages antisémites du journal dans un double objectif : montrer que le juif n’est plus un personnage fictif mais vivant et agissant au sein du conflit. Enfin, les dessinateurs jouent sur l’amalgame : Le juif est bolchevique, le bolchevique est juif.

Partie 4 / Les traditions bulgares dans les caricatures : Vecteur de l’antisémitisme

Les caricaturistes utilisent le vecteur des traditions bulgares pour mieux attirer l’attention du lecteur-spectateur et mieux transmettre leur message antisémite. Dans le journal, 42 caricatures représentant une tradition ont été répertoriées. Dans 50 % des caricatures, il s’agit de traditions religieuses othodoxes, dans 31 % des caricatures, les artistes utilisent des traditions liées à la table et la nourriture. Enfin dans 19 % des dessins, des fêtes populaires sont représentées.

                Dans deux caricatures du journal, “Sveti Georgi”, Saint Georges terrassant le dragon est représenté. Saint Georges est le Saint Patron de la Bulgarie. Dans les numéros 146 et 193, Doytcho le personnage représentant l’Allemand incarne Saint Georges terrassant le monstre ou le dragon de sa lance sur laquelle est inscrit « Axe Rome Berlin ». L’utilisation de la référence religieuse de Saint Georges est très importante car cette scène est constamment représentée sur les icônes orthodoxes en Bulgarie. Doytcho qui prends la posture de Saint Georges est un message sans précédent adressé au lecteur. L’usage de cet épisode religieux est un outil puissant de la propagande du Papagal, il avait certainement pour but de susciter chez Le lecteur-spectateur bulgare, le soutien tout entier à la cause de Doytcho et donc à la cause des puissances de l’Axe. Au numéro 146, Doytcho plante sa lance dans le ventre du monstre dont le visage est celui de la representation antisémite du juif. Sur ce monstre Churchill, Staline, Roosevelt, Molotov et Litvinov sont assis.  Dans le numéro 193, Doytcho plante sa lance de l’Axe Rome-Berlin dans le ventre du dragon à trois têtes, symbole du complot. Ces têtes sont celles de Staline, Churchill et Roosevelt.

                La caricature numéro 202 est intéressante car elle rassemble tous les membres du complot  autour de la fable d’un auteur bulgare : Stoyan Mihaylovski[57]. A gauche de la caricature, un marchand juif, en possession d’un sac sur lequel est imprimé les symboles du dollar et de la livre, vient vendre des ballons et des jouets pour enfants[58]. Il a accroché à cette charrette ses trois animaux domestiques : un cygne, un homard et un brochet. Stoyan Mihaylovski aurait écrit une fable intitulée : le crabe, le cygne et le brochet. Le cartouche explicatif le mentionne en tous les cas. Un seul point semble étrange, il n’existe pas de crabe sur la caricature, mais c’est un homard. Les trois animaux de la fable de Mihailovski sont Churchill dans le rôle du homard, Roosevelt dans le rôle du brochet et Staline dans le rôle du cygne. Staline essaie d’ailleurs de passer la frontière de la Nouvelle Europe que Doytcho et ses alliés défendent dans leur tank. Malgré des recherches importantes et l’aide de bulgares, personne n’a réussi à trouver cette fable bulgare. En revanche, le titre de cette fable est devenue une expression populaire bulgare. Elle désigne trois personnes qui ne se comprennent pas très bien entre elles mais qui sont obligées d’être ensemble et de travailler ensemble pour affronter des obstacles et les surmonter. Ils veulent une nouvelle fois attaquer la Nouvelle Europe[59]. Sur le panier aux abords de la charrette et du juif est écrit « Explosifs anglo-américain : cadeaux pour l’Europe. »  Sur la charrette, est écrit « Conseil anglo-américain ». Puis dans la charrette et sur les ballons, nous pouvons lire : « Occupation américaine de la base anglaise », « Conditions pour la capitulation de l’Italie », « création d’un second et troisième front », « télégramme de salutation du roi d’Angleterre et de Roosevelt à Staline », « Propagande soviétique du communiste Staline », « Ticket-repas et nourriture rapide pour l’URSS », « Bénédiction de l’Eglise d’Angleterre pour Staline », « IIIème internationale »[60]. Tous ces cadeaux que proposent le marchand juif et ses animaux membres du complot sont présentés et vus comme une menace pour la Nouvelle Europe par le Papagal. Nous retrouvons bien là tous les thèmes du complot dans une fable bulgare, il fallait donc relever cette originalité.

Conclusion /

                Le Papagal permet donc de sensibiliser les élèves sur le danger des stereotypes antisémites véhiculées par la propagade nazie. Cela permet aussi d’aborder la position du gouvernement bulgare et de démontrer comment la propagande nazie et antisémite de Goebbels est parvenue à atteindre l’ensemble de l’Europe durant la Seconde Guerre mondiale et à imprégner les dessins d’un journal bulgare populaire.

                La qualité des caricatures, la taille, les messages en font une source remarquable utilisable en classe mêlant plusieurs thématiques : représentations, propagande nazie antisémite, position de la Bulgarie durant le conflit. Il permet au professeur de faire travailler le regard critique de l’élève et d’aborder l’histoire du pays.

Roumen AVRAMOV

Les lois antisémites en Bulgarie, la spoliation

Texte manquant

Nadège RAGARU

La déportation des Juifs dans les territoires sous administration bulgare

Texte manquant

Nikolay POPPRETOV

Le sauvetage des Juifs bulgares durant la 2° Guerre mondiale : contexte historique

      The fate of the Bulgarian Jews during the World War II: historical context

Institute for Historical Research

Bulgarian Academy of Sciences

As an ally of Germany in World War 1 Bulgaria appears on the side of the defeated. After the peace treaty (Neuilly sur Seine) of 1919 the territorial aspirations of the country end. Territories are cut from the country and contributions and reparations are imposed. The post-war situation is expressed in an economic, social and political crisis. Everywhere there is a sense of dissatisfaction with the previous policy of the country. Disappointment and accusations are directed to the parliamentary system and political parties. Alternative political streams appear offering radical solutions to ending the crisis and the future of the country. These are the agricultural, communist and authoritarian movements influenced by the emergence of fascism in Italy.

The Agrarian Party and the Communists do not hide their ambitions to take power and radically change the political, social and economic development. In the right political wing the perception is spread that the country is threatened by both internal and external enemies. The Bulgarian public agenda circulates the notion that there is an organized plot against Bulgaria. It involves outside forces – from international political and economic circles. For internal enemies of the country are declared the Agrarians and the Communists.
For the sake of the salvation of the fatherland there is a coup that overthrows the government of Agrarians. Resistance of their supporters is brutally suppressed. The coup puts the Communists in unfavorable positions who organized in the fall of 1923 an uprising involving the Agrarians. Its suppression is accompanied by excesses against the civilian population. A two-year civil war begins in which attacks of red and white terror take turns. As a result, the party - parliamentary system and bourgeois democracy are fully compromised. A nationalist wave surges. The extreme right-wing formations, compiled mainly by retired military is becoming massive. Some, such as the largest ( nearly 40,000 members) - the Union “Bulgarian home defense” (estab. 1924) begins to campaign against foreigners, foreign capital and foreign schools.
Enemies are sought. Such are seen in the face of Masons, Communists, foreigners, Jews.

Anti-Semitic propaganda is assumed by the organizations of the radical right. These are among “Home defense” the Union of Bulgarian National Fellowship for Political Revival (estab. 1930), the Union of Bulgarian National Legions (estab. 1930). They derive their reasons for their anti-Semitism from traditional anti-Jewish sentiment that exists in some Bulgarian media under the influence of Russian, Romanian and other anti-Semitic propaganda. This traditional anti-Semitism is activated under the influence of the success of the Nazis in Germany from 1930 onwards. Jews are not just religiously, domestically or morally distant. What is new is the accusation of their involvement in a major international conspiracy, directly affecting the existence of the Bulgarian people and state.
The negative view of the Jews covers a wide range of their negative qualities in a professional and ethical way. They begin to embody multilateral evil. Gradually are formed the five threats that Jews represent in Bulgaria: economic, social, demographic, moral and political. Jews
are attributed a series of plots:

·       to destroy the Bulgarian economic independence by exporting capital and profits, making Bulgarians go bankrupt and driving them out of business life.

·         To destroy the political independence of the country, making it a servant to the internationally supported Yugoslavian Masonry or leaving it in the hands of Bolshevik agents Communists who will turn it into a new Soviet Russia.

To bring the Bulgarian people to a demographic crisis and deterioration.

The most radical right-wing political circles identify the Jews with the international capital and the capitalist exploitation.

Gradually, the propaganda of right-wing formations hatred against foreigners, against the enemies of Bulgaria from neighboring Balkan countries against foreign influences in the line of political and economic liberalism are reduced to propaganda against the Jews. The Jews are accused of specific actions against the Bulgarians in the past and in the present situation. At the same time, far from being major, there are constant accusations of religious, moral and domestic character. The main accusation against the Jews is their participation in the global conspiracy in which the two branches of international Jewry – the Bolshevik and the Plutocratic have a practical purpose – the enslavement of mankind.

Right political formations raise demands for control and prevention of foreigners in the country to drive the Jews from economic life. The more radical right-wing politicians propose the expulsion of “the Jewish tribe.”

It should be clear that the post-war anti-Semitism is based in many ways on the images and concepts distributed before the first World War. Pre-war аnti-Semitism combines popular prejudices and religious notions present in images taken from outside. They enter Bulgaria by the Russian, Romanian and Polish anti-Semitic propaganda.  They readily exploit the motive of the dangerous role of foreigners in the Bulgarian economy. There are certain religious justifications. In some social circles the attacks against Jews go inseparably with those against socialists and against foreigners.


Early anti-Semitism draws strength from a sense of insecurity accompanying processes of profound transformation in Bulgarian social structure and economy after the creation of the modern Bulgarian state in 1879. During the last decade of the nineteenth century attempts are made to create anti-Semitic organizations and expulse the Jews from the country. Until World War I, however, anti-Semitism remains (with minor exceptions) a phenomenon restricted to the sphere of propaganda.

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Anti-Semitism raises response in different social environments. It is particularly strong in the period following the First World War. It includes representatives of the intelligentsia – university professors, writers, journalists and some politicians. It is expressed in defense of the Jews from attacks and accusations and counter anti-Semitism. It dominates those oriented to the left. At certain times the defence of the Jews is placed in the context of the debate for and against the role of foreigners and foreign capital in the Bulgarian economy (for example, in the late 1920s).

With Hitler's coming to  power in Germany, opponents of anti-Semitism are activated. Positive assessments of the Bulgarian cultural figures and politicians about the Jews and their protection from anti-Semitic attacks are collected in 1937 by the Jewish journalist Buko Piti in his collection “Bulgarian society against racism and anti-Semitism”.
Overall public attitudes and reactions of the authorities do not allow the Jews to bear excesses.The Bulgarian society rejects racism. Diplomatic documents (including reports from the Bulgarian Embassy in Berlin) almost to the beginning of World War II show a certain distancing of the Bulgarian authorities from the racist and anti-Semitic policy of the Reich.

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The 1930s are a specific period in the Bulgarian development. In the early 1930s both the economic and political crises appear. The parliamentary regime abruptly loses public support. A process begins of destabilization of the political system. It ends with the execution of a coup d’ etat, with the result of an authoritarian regime being established (May 1934). Parliament is temporarily removed, political parties are banned a very strict prior censorship is introduced. Later, the king makes ​​a second coup(April 1935) and actually begins to run single-handedly.

The authoritarian regime bans the activities of all political parties, including anti-Semitic. For a period of about four years the Anti-Jew propaganda stops. Censorship even allows for various publications in defense of Jews . So the government does not allow anti-Semitism to expand their supporters. Stricter censorship, complete control of all non-governmental organizations and the powerful manipulation by the regime, as well as some economic success and social events spread in society conformity, passivity.

An emphasis directly related to the topic of the fate of Jews is the Bulgarian-German relations. In the period between 1934 and the beginning of 1940 the king and the government refrain from any political commitment to the Third Reich. The understanding is advocated that National Socialism must not be copied, that the German practice is not only foreign, but can also be dangerous for the Bulgarian political and social development. At the same time Bulgaria gradually falls under the strong German economic impact. The huge German market absorbs the Bulgarian agriculture. In 1939, however, almost 70% of Bulgarian imports and equally of Bulgarian exports fall to the Third Reich.


There comes a time when Berlin is expected not only to support the return of confiscated after Bulgarian territory World War 1 but eventually economic pressure on Sofia. This sharply narrows the flight maneuvers of Bulgarian diplomats.
Typical of 1930s is the growth of nationalism. The society is increasingly more against foreign schools, against internationalist ideas.

In the late 1930s in the society there are some changes: After the Munich Agreement likings to Nazi Germany are enhanced for having destroyed postwar European territorial status quo. Reinforced are the expectations for the Bulgarian territorial claims to get positive solution.


The last pre-war year notes a peculiar escalation of anti-Semitism. Young Legionnaires and members of the newly established Union of Champions openly raise the issue of the expulsion of Jews and launching attacks on Jewish shops and homes. The Regime, albeit without enthusiasm oppose their actions.
Initially in WWII Bulgaria declared neutrality. In the summer of 1940 in the name of revisionist goals Bulgarian foreign policy begins to shift to Berlin and Rome. With their help, the country has regained South Dobrudja. (Sept. 1940). Very soon after that unexpectedly for the Bulgarian society the government is preparing a law (Law on Protection of the Nation) against some international organizations and against Jews
(November-December 1940).

Prepared Anti-Jew measures produce the opposite effects. Some professional associations and ideas of right-wing circles meet them with approval. Against them are various social circles. Protest the Writers' Union, the Union of Artists, the Union of Lawyers and other organizations separate public figures. Despite the protests, the law comes into force in January 1941. Very soon after, on March 1, 1941 Bulgaria enters the Tripartite Pact. With this step, the fate of the Bulgarian Jews depends on Nazi plans.
It should be pointed out that Bulgaria as an ally of Germany is not  occupied, it does not participate directly in the war, nor does it send troops to the Eastern Front. 

In April 1941, following the defeat of Yugoslavia and Greece, Bulgarian troops on alert from Berlin occupy a large part of the territory which the country claims (Vardar Macedonia and Aegean Trace). So, with German assistance is awaited the “national unity”. For a long time it will direct the public interest in the “new lands” and keep the Jewish question to the background.


By law for the protection of the nation and the ensuing provisions the Jews are deprived of civil rights. It is forbidden to have a number of professions. The greater part of their property is confiscated. A Special Commissariat for Jewish Affairs
(KEV)is created. The parliament delegates rights of the Council of Ministers to “solve” the Jewish issue.

Anti-Semitism becomes the official policy of the Bulgarian state. In Anti-Jew propaganda youth formations of the radical right and the state youth organization “Brannik” are included.  Jews are portrayed as enemies of the Bulgarian nation. Anti-Semitic propaganda accuses Jews of complicity in the crimes of the Bolsheviks. Jews, according to their Bulgarian opponents (who repeat Nazi propaganda) are the main culprits of global war. Representatives of Legionnaires and champions organizations systematically accuse the government of behaving tolerantly of Jews

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In February 1943, an agreement is reached with German authorities to deport Jews from the new lands, as well as a certain amount of Jews from the old Bulgarian borders ( to April 1941), a total of 20,000.

Starting a deportation causes a scandal in the government majority in parliament  (March 1943). When the deportation is known to Vice-President of the Parliament Peshev, he protests  to the government and draws up a letter of protest to the Prime Minister, signed by 42 members of the government majority. The deportation of nearly 7,500 Bulgarian Jews is prevented, but more than 11,000 Jews from the new lands are deported to Treblinka. This situation is reached because of the confluence of several factors. Firstly, it is a strict censorship, the conversion of the restored parliamentary form in 1938 is a shadow of the authoritarian regime. There have been some alienations of the masses from politics. The authoritarian dictatorship skillfully manipulates public opinion. Exploited is the theme of world Jewish conspiracy. Anti-Jew measures are dressed in words for social justice, putting an end to exploitation, with promises of economic prosperity of the Bulgarians. Importance for suppressing  social sensitivity is the performance of Bulgarian alliance with the Germans. Many benefit from Jewish property. Deportation itself is organized in a big air of secrecy.

In May 1943 the regime proceeds to the expulsion of Jews from the capital and other major cities. The danger of a new wave of repression causes the protest of all the bishops of the Bulgarian Orthodox Church. This new protest against the anti-Semitic policy off from the agenda for the time being the idea of ​​deportation of Bulgarian Jews to the occupied territory of Poland.


Protests from March to May 1943 show that the fate of the Jews can be converted into active manifestation of empathy in the wake of civil belonging. In fact, all made
​​their voices in defense of the Jews emphasize the traditional tolerance of Bulgarians towards other nations which they live with. Opinions are given that brutal treatment of fellow citizens will damage the international reputation of the country. In the rescue operation are involved primarily individuals – from parliament, independent public figures, the Holy Synod of the Orthodox Church.

Resistance activities from March to May fail to save Jews from the new lands from destruction. However, they delay and frustrate the deportation of other Jews later. The defeat of the Wehrmacht in the summer of 1943 and the unexpected death of King Boris III in August actually remove from the agenda of the Bulgarian-German relations the issue of the deportation of Jews. With the removal of the part of the union with Germany before September 1944 all the rights of the Jewish population are restored.


The policy of persecution of the Jews shows that anti-Semitism conducted by the government can change the fatal fate of the Jewish minority. However, this is not due to coincidence of various factors, among which a large part is the expression of citizenship by politicians and clerics. We should not underestimate the role of the Jewish community who manages to win the commitment of individuals and circles of the Bulgarian population. So thanks to the joint efforts and decisive action a situation is created known to the public as the “saving the Bulgarian Jews.”

Liliana DEYANOVA

Sauvetage et Génocide ; les controverses de la mémoire


Résumé en bulgare

Лиляна Деянова

Спасение и геноцид в полемиките на паметта. („Не-спасените евреи”: полемики и политически употреби в годината на честванията на „70-годишнината от спасяването на  българските евреи”)

      Двете части на доклада по тази тема имаха за цел първо да опишат особености на посткомунистическия български дебат за спасените от депортиране през годините на Втората световна война български евреи и за депортираните  в Треблинка евреи от „новите земи” и второ да проследят някои разкази за тези “места на колективна и историческа памет” /Пиер Нора/ в българските учебници по национална история (учебниците от втората половина на 40-те години, от началото на 50-те, от началото на 80-те, началото на 90-те и в годините около честванията на 70 годишнината от спасяването на българските евреи).  

     Акцентът беше предимно върху  сегашната фаза на дебата (макар да бяха правени сравнения с годините около 50 годишнината и около 60 годишнината от спасявянето) и главно върху противоречивите интерпретации на депортирането през 1943 г.  - с участието на българската държава и нейното пронацистко правителство - на 11343 души от „новите земи”. Търсеха се причините за актуализацията и поляризацията на гледните точки по тази тема, за нейните нови политически употреби, за битките между противоречиви свидителства, между историографски интерпретации на свидетелствата, между международни политически формулировки и призиви за създаването на „законодателство за паметта”. Защото  този дебат винаги  е бил зависим от позициите в политическата публичност, вкл. интернационалната, от състоянието на историографията, от стратегиите за “педагогизация на Холокоста”. Той е другата страна на дебата за комунизма и нацизма („двата тоталитаризма”, „еднояйчните близнаци”?), на полемиките за антифашизма, на интерпретациите на пост-комунистическия преход. /Затова беше дискутиран и т.н. от мен „посткомунистически негационизъм”, и „раждането на антисемитизъм в България” ./

     Постави се въпросът има ли днес нещо специфично в българския случай на отказ да се признае вина, да се  поеме отговорност; и каква вина трябва да се поеме – юридическа, политическа, морална, метафизическа (ако си спомним разграниченията на  Карл Ясперс по повод на „немската вина” )?  Няма ли опасност в случай, че се признае вината за депортирането, автоматично  да се омаловажи фактът на спасяването на  евреите от старите земи на България? Какви са процесите, направили възможно това признаване на вина и поемане на отговорност да се случи в други страни, изправени пред подобни дилеми?

     Анализът констатира нов и неочакван консенсус в официалната публичност  по въпроса за отговорността на българската държава за тази депортация – националистически и популистки, видим не само в масовата националистическа мобилизация в отговор на македонската интерпретация на българската окупация, визуализирана във филма „Трето полувреме”, и на наднационалния натиск да се поеме отговорност за депортирането. Той се вижда и в множество официални декларации /вкл. на професионални историци/ във времето на реализацията  на „най-важната част” от комуникационната стратегия на правителството, тоест  честванията на 70 годишнината от „спасяванието на всичките български евреи”, в официалните речи на антикомунистическата опозиция и бившите комунисти / последните във времето след 1989 година се фокусираха главно върху неспасените евреи, „депортирани от българските фашисти”.  Едно сравнение  и с учебниците от времето на ранния посткомунистически период показва как изчезват термините за „фашисткия характер” на антиеврейското законодателство и политиката на тогавашната българска държава.

Приложение: три текста, от които вторият и части от първия са използвани за основни части на доклада

 

  1. Лиляна Деянова. Посткомунистическият негационизъм /част от книгата „Очертанията на мълчанието. Историческа социология на колективната памет, 2009,Изд.  Критика и хуманизъм/
  2. Лиляна Деянова. Спасение и геноцид в полемиките на паметта. /„Не-спасените евреи”: полемики и политически употреби в годината на честванията на „70-годишнината от спасяването на  българските евреи”/
  3. Лиляна Деянова. Към конструиране на евреина като враг /пуликуван и в сб. „Антисемитизмът днес”, А. Криспин, съст., Изд. Колибри

Лиляна Деянова

професор в СУ „Св. Климент Охридски”,

Катедра „Социология”

lilianadeyanova@phls.uni-sofia.bg

lilidey51@gmail.com

Texte en Anglais

The ‘Non-Saved Jews’: Recent Controversies and Political Uses in the Bulgarian Public Space

During the last two years, the Bulgarian debate on the non-saved Jews has been a burning one but is also entering an essentially new phase. The event discussed is the deportation in 1943, with the participation of the Bulgarian state and its pro-Nazi government, of 11343 people from what was ‘the newly acquired territories’ at the time. Here ‘saved’ and ‘non-saved’ are not my analytical terms but the words that may have been the most frequently used in the debate under consideration. Giving names – the ‘symbolic alchemy of bestowing identity’[61] is a principal dimension of it: the many names of evil, inseparably linked to the many names of good, and to the fragility of goodness.[62]

I do not subscribe to one of the widespread theses in this public debate: that prior to it, there was almost no public talk, if any, on the ‘non-saved Jews’. It happened so that I was able to trace, starting form 1993, the time of the 50th anniversary of the ‘salvation of Bulgarian Jews’, all the different phases of the debate, by studying the rewritings of textbooks in history and the public space of the media[63]. But I was also interested in other ‘narratives’ on ‘salvation and deportation’. For this debate has always been dependent on the positions in political public space, i.e. the international one, on the state of historiography, on the strategies of “pedagogization of the Holocaust”. It is the other side of the debate on communism and Nazism (‘the two totalitarians’, the ‘identical twins’?), of the polemics on antifascism, of the interpretations of the post-communist transition.

Actually, it is true that there is a new and, I would say, unexpected consensus in the official public space on the question of the responsibility of the Bulgarian state for the 1943 deportations – a populist, nationalist, postpolitical, i.e. an expert or quasi-expert consensus. There is also a new consensus between the official discourses of the anticommunist opposition and the former communist, in whose media, right after 1989 (the first phase of collective memory that I call ‘phase of the trauma’, of the return of the suppressed in the avalanche of new testimonies of both victims and torturers), publications prevailed precisely on the non-saved Jews, ‘deported by the Bulgaria fascists’, ‘exterminated in Treblinka’ etc.

To elucidate what I mean in the thesis of the ‘new and unexpected’ consensus in the public sphere, between the political forces, I will return to those older historical ‘phases’ and narratives on the deportation of Jews. I am using my own analyses (done in the two studies quoted above, taking place in the mid-1990s) of the collective memory of the respective stretch of Bulgarian history, as presented first in textbooks and then in the media.[64] I am quoting myself in order to avoid the retrospective shift. For every narrative is made from the perspective of the present and ‘the meaning of the past is happening now’, as Merab Mamardashvili says in one of the best interpretations of Proust’s A la recherche du temps perdu.

In the course of analysis of a series of communist textbooks of history (where the narrative is not the same, equally depending on the events in the political public space, on the current state of historiography and on other ‘fields’) and of the first postcommunist textbooks, the following picture outlines itself:

The history textbook from 1946 tells about the anti-Semitic law in Bulgaria, the Defence of the Nation Act (known by the Bulgarian acronym ZZN), which was similar to the German Nazi and anti-Semitic laws. Under this law, 11,410 Jews from the new territories were deported to Poland. The Bulgarian people opposed this monstrous crime. The deportees to Poland did not return – there they were turned into soap and slaughtered and poisoned in chemical factories during tests of the new asphyxiating gases.

The 1954 textbook contains only a single sentence that is related in any way to the saving of the Jews from deportation: Imitating the Nazis, the government got a ZZN, targeted against the Jews in Bulgaria, through the National Assembly.

The 1982 textbook: In the spring of 1943… a mass movement arose in defence of the Bulgarian Jews. Under pressure from Germany, the government agreed to the handing over of 20,000 Jews from Aegean Thrace and Macedonia to the Nazis for extermination. They were to be followed by the Jews from the country’s old territories. There was a massive public outcry against this evil act. The [communist] Party organized the masses for struggle … [This struggle] was transferred into the National Assembly, where even part of the government MPs from the majority condemned the government. The life of the Bulgarian Jews was saved.

The 1993 textbook gives important data about the context of the saving of the Jews: Germany’s insistence, the Defence of the Nation Act and its unconstitutional essence, the establishment of a Commissariat on Jewish Affairs, the protest of MPs headed by Dimitur Peshev (the man who stopped Hitler, as G. Nissim put it), the protest of public figures, politicians, senior clergy, many ordinary people, the intelligentsia. This is an achievement of the whole nation, without excluding the important role of the Palace and even the assistance of responsible representatives of the ruling regime.

Thus, according to the 1946 textbook, the saviour of the Jews is ‘the Bulgarian people’; according to the textbook from 1954 (reprinted until at least 1963), there is no such fact, so neither are there grounds for national pride; there is only a Defence of the Nation Act and ‘imitation of the Nazis’, although the essence of this law is not explained to the students. The 1982 textbook is rather manipulative, and its message is transparent: ‘the Party’ has a central role in the act of saving the Jews. The short text here is a masterpiece of the genre: it starts and ends with subjectless phrases – ‘a movement arose’, ‘there was an outcry’. But in the very next sentence the subject is ‘the Party’ that ‘organized the masses for struggle’, which struggle ‘was transferred into the National Assembly’ too… and ‘the life of the Jews was saved’. The next sentence here starts with ‘The successes of the Red Army…’ Conversely, the postcommunist textbook, the one of 1993, just as masterfully but also just as symptomatically avoids mentioning ‘Party’ or ‘popular masses’ as possible subjects of the protest against the deportation of the Jews from Bulgaria (although it dwells on the numerous factors for the positive outcome of this process).

The study (of 1996) of the media narratives on the saving and deportation of the Jews described the ways in which, after 1989, the narrative about the saving of the Jews remains just as strongly influenced by the current events in the public sphere and by the wider context of ‘the civil war of memories’ following the collapse of the official memory of the State-Party. In the first five years after 1989, Demokratsiya (the paper of the largest anticommunist formation that won the 1991 parliamentary elections) avoids mentioning the non-saved Jews, i.e. the deported Jews from Macedonia and Aegean Thrace. By contrast, Douma (the organ of the party of former communists) prefers to talk mainly about the non-saved Jews. (As regards one of the main questions in the dispute between the new and the old elites – whether there was fascism in Bulgaria before 1944 and whether the People’s Court, i.e. the trial of the fascist criminals, was legitimate – Douma readers know that the answer is affirmative, and that the ‘non-saved Jews’ are one of the main proofs of the fascist character of pre-Ninth-of-September Bulgaria, of the legitimacy of the People’s Court, and of the ‘fascist past’ of the present ‘gentlemen from the UDF’ – the United Democratic Forces – called also ‘children of fascists’ and ‘the blue-brown’.)Demokratsiya radically exposes the late-communist narrative about the saving of the Jews, which emphasized the ‘decisive’ role of communist party leader Todor Zhivkov. One of the most commonplace oppositions here is ‘not Todor Zhivkov but Boris III’, or the Bulgarian government and public. The UDF daily views ‘the saving of the Jews … as a natural product of the intellectual and public climate’, resulting also from ‘the proverbial ethnic tolerance of the Bulgarian people’. ‘The people’ in Demokratsiya is quite different from “the unpatriotic people” in Douma.  In Democratsyia even the members of the Bulgarian National Legions were applauded for their ‘patriotism’.)

As noted above, Douma focuses on the non-saved rather than on the saved Jews. (The number of references to this fact shot up in 1994, the year of the 50th anniversary of the Ninth of September.) Here it is not accidental that one of the very long articles on the problem was titled ‘In memoriam’ – printed in white on a black background and commemorating the Jews from the new territories. Archives are quoted: ‘Convoys from Bulgaria have started arriving…. They use smaller amounts of gas in the chambers and take longer to asphyxiate them.’ In Douma one will find numerous documents that are passed over in silence by Demokratsiya and that are eliminated from the discussion on the saving of the Jews. (For example, a statement of an MP referring to the Jews as an enemy: ‘enemy No. 4 – well, that’s the Jews in Bulgaria, who are aiding and abetting and most persistently spreading the rumours of Anglophile propaganda…’; or of another MP: ‘Today in Croatia not a single Jew has remained, nor anything to remind us of Jewry…’, ‘Let them go to the ghetto and wear stars’, ‘not exercise influence over some weak Bulgarians… not feast together…’; Douma, 1991, No. 292, November 25.) Of course, Douma notes the protests of the 43 MPs against the deportation, as well as the noble acts of the Church. But this daily invariably emphasizes that the Jews were saved despite the state and the authorities (it was not the Bulgarian state but the Red Army that took part in ‘the final salvation’).

                The narratives on the same events in the time around the ‘70th anniversary of the salvation of Bulgarian Jews’         are not so antagonistic any longer, or, rather, they are not antagonistic in the same manner.

                The consensus is visible not only in the nationalist mobilization that is a response to the Macedonian interpretation of the Bulgarian occupation (an interpretation visualised vividly but provocatively in the film The Third Half)[65]. It can be traced also in the declaration of the Bulgarian Parliament of 8 March[66], in the proposal to nominate the Bulgarian Orthodox Church for a Nobel Prize, in the infinitely many activities done in accordance to the ‘most important part’ of the Government’s communicative strategy, i.e. the celebrations of the 70th anniversary of the ‘salvation of all Bulgarian Jews’: for instance, in the exhibition of archives from the ‘salvation’ in the European Parliament, at which Shimon Peres was present[67]; but also in the correspondence between the Bulgarian state and the United States Holocaust Memorial Museum on the reservations of experts and eventually the refusal, on 28 May 2013, to approve the proposal for a street in Washington to be named after Dimitar Peshev, one of the saviors of Bulgarian Jews. (Actually, just in that same time in USA, the Bulgarian president held a speech on the salvation of Bulgarian Jews before a world forum of the Anti-Defamation League. Before the same League that has honoredKing Boris III ‘for refusing to sacrifice his Jewish subjects to the Nazi juggernaut’ just like in 1994 the United States Congress proclaimed King Boris III ‘saviour of fifty thousand Bulgarian Jews’.)

                I will quote parts of the letter of the Holocaust Museum to the chairman of the Parliament, because this type of expert evaluation is an essential determinant of the restructuring collective and historiographic memory on the ‘non-saved Jews:

‘We …express our serious concern about recent developments which show that Bulgarian government and Bulgarian parliament tried recently to distort the truth about history of the Holocaust in Bulgaria’… distortion and the denial of the Bulgarian State‘ s responsibility in the round up, deportation, and ultimately, in the murder of 11343 Jews from Thrace and Macedonia. … Meeting political challenges doses not bestow the right upon any official to manipulate history…)[68]

 

But there is also something more general: expert statements of this nature are a symptom of a new type of ‘regulations of memory’, done by laws; they are a symptom also of a new type of conditionality. The proliferation of these memory laws (lois memorielles)is another, very important, problem that I cannot discuss here [69]).

                I am aware how little it is possible, within a short text  to provide even the broadest outline of the links between the events and processes to which this thick network of terms and concepts refers; but I hope to be outlining a map rather than a veil, and that I am mapping an intellectual and moral region that is not only local, as well as symptoms of the talk on Holocaust that are far from local either.

                In the new phase of the debate, intensified to the climax, a central issue was guilt – the guilt ‘of Bulgaria’, ‘of the Government and the state’, ‘of the people’…, and therefore the issue of the grounds of the claims of the Republic of Macedonia and of its Museum of the Holocaust, supported in Bulgaria by small but widening circles, firstly by the Bulgarian Helsinki Committee. This NGO organized an international conference “Remember the Past”, debated as scandalous and unpatriotic, at which a special declaration raised the question of the participation in a genocide on Jews in the areas of Aegean Thrace and Vardar Macedonia[70]. Indeed, even at the celebrations of the 60th anniversary, among the 4000 media articles that my colleagues and I analysed in a study on anti-Semitism, there were announcements on the requirement of ‘Bulgaria to apologize for the 7200 victims… Macedonian Jews… killed in the crematories of Treblinka’, quoting the community’s chairman Viktor Mirzah, but also quoting the former Israeli president Y. Navon saying that the knew nothing of any case filed by Macedonian Jews in Strasburg and that such a trial ‘did not seem probable to him’.[71]

                The question was also sharply raised of the violence on the Jewish community also in Bulgaria. The first Bulgarian book on spoliation, by Roumen Avramov, by its microeconomic but also moral reading of history, threw a stone into the bog, questioning the canonized and infinitely used narrative of the salvation[72] and the dominant thesis of the per se tolerance of the Bulgarian, it ‘demystified legends’[73]. It made consciences uneasy and revealed ‘our cohabitation with evil… the sad borders with evil’. (And this referred to another trauma, the unreflected, suppressed violence over the Turkish and Muslim population, numbering one-third of the total for the country; they too want a law to recognize a genocide over Bulgarian Turks, while, of course, the ultranationalist party requested another law, on the genocide done during the Turkish domination over Bulgarians, calling it ‘our Holocaust’, coupling that request with the thesis of ‘the genocide over Bulgarians done currently by the World Bank, by the transnationals dominated by world Jewry, etc.’

                In a word, not only the Bulgarian society but also the Bulgarian State and party institution, plus, of course, professional historians and other researchers, were quite insistently interpellated. Therefore the expectations of their public reaction and the attention to their civic actions were great. As was the pressure on them. Are indeed those who appeal for admitting guilt, taking responsibility, carrying out independent scientific studies etc. ‘national traitors’ succumbing to foreign interests and campaigns? (The leader of the VMRO, a party nostalgic with ‘Great Bulgaria and its child Macedonia of whom she was bereft by the Berlin Congress’ and with the Liberator Tsar, said that in Macedonia too, these were campaigns enkindled from abroad, with foreign money and secret scenarios[74].)

                I will briefly discuss a few official declaration from the anniversary celebrations: the one of the Parliament (the same one that the above-quoted Holocaust Museum in Washington criticized); the declaration of Shalom, the organization of Bulgarian Jews; and the Theses of Historians, signed by the leaders of basic institutions of historical research.

At a very large conference on the theme (14 February 2013)[75], the chairman of Shalom, Maxim Benvenisti, for the first time announced in public their resolution (adopted in December) which insists, maybe for the first time categorically[76], for Bulgaria to recognize its guilt: ‘The guilt for the deportation of Jews from these territories belongs to the German authorities, together with the Bulgarian pro-Nazi government, as well as the absence of resistance on the part of the local population’. The declaration also warns that the historical facts concerning the fate of the Jews under the administration of the Bulgarian pro-Nazi government should not become ‘a pretext for an anti-Bulgarian propaganda today and in the future’. (The use of the memory of the killed Jews in anti-Bulgarian propaganda was a motive in the statements of Shalom also a year ago in the polemics around the film Third Half. In the next months, Shalom opened a monument to the deported.

In the Declaration of the Bulgarian Parliament, voted unanimously and without discussion, the responsibility – expected and even half-spoken during some public meetings – for the collaboration in the deportation, for ‘complicity in genocide’, was not expressed. As the chair of the cabinet of the Prime Minister explained at one of the conferences, the more correct term would be ‘Northern Greece and the Kingdom of Yugoslavia’. It is seen also in the Declaration:

‘An objective evaluation of the historic events today could not ignore the fact of the 11 343 Jews deported from North Greece and the Kingdom of Yugoslavia, which were at that time under German jurisdiction. We denounce this criminal act, undertaken by the Hitler’s commandment and express our regrets for the fact that the local Bulgarian administration had not been in a position to stop this act.’[77]

The ‘pro-Nazi character of the government’ is stressed. And the strategy suggested is to provide an opportunity for multisided historical research: ‘only such an approach and position can stop the speculations and the distorted representation of Bulgarian history and give the due merit to the contribution of the Bulgarian society and state to the contemporary history of humanity and its values. Therefore we define the salvation of Bulgarian Jews… as a remarkable event.’ There is also talk of ‘pride’, of an ‘act commited by the Hitlerist commanders’, even of ‘genocide’, and once again the injunction not to use ‘tragic fate’ is invoked of Jews in the ‘territories occupied by Hitler’ for political speculations.

The symptomatic reading of this remarkable text would also prove my thesis of the new Bulgarian consensus but I could not do it here. Although precisely the ‘meaningful details’ could substantiate another thesis of mine: that a large part of the events and processes that we study as memory of the Holocaust are in fact memories of other suppressed national events, and some of them have nothing to do with the memory of deportations. And, as a researcher of the theme says, ‘the salvation of Jews is a screen onto which all ideological deformations of Bulgarian history are projected’[78]. But you will allow me one detail: the Declaration is a compromise result of many preliminary versions and expert statements of a great number of professionals. One of the versions was written by an MP, former vice chair of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe, one of the greatest lobbyist for Resolution No. 1461 that condemned totalitarian communism and insisted that ‘communism is a regime more perverse than Nazism’; this MP, demanding a Nuremberg trial over communism, has submitted a number of resolutions, lustrational and other laws that are most generally called memory laws. His is also the proposal for a Nobel Prize to the saviors. He and the communists together voted unanimously for this Declaration. It says that if there are guilty Bulgarians, they have been punished. But let us note that they were punished by the People’s Court which is called criminal precisely among the anticommunist formations…

And another paradoxical detail: the change of the official terminology since the times of the first discussions of the non-saved Jews and the ‘Hitlerist fascism’ in the Parliament – in the beginning of the transition they were called Bulgarian Jews; the declaration (24.02. 1993) of the 36th National Assembly stresses that ’11 351 of Bulgarian Jews died in the death camps’ [79]. At the same solemn session on theoccasion of the 50th anniversary of the ‘salvation of the Jews’ it was repeated again that the non-saved were ‘Bulgarian citizens from Aegean Thrace and Macedonia, destroyed exactly 50 years ago in the gas cameras at Treblinka’.

The theses of historians entitled The Two Sides of the Past and provoked by the new’ conjunctural evaluations’ on the theme are so abstractly purified of any denouncing traces that at many places the reader cannot understand of which two sides the text treats[80]. We understand that both before and after 1989 history was presented one-sidedly, we understand that the question is important ‘who has interest in persecuting the Jews and why’ and that therefore ‘the main concepts that should be used in considering the theme must be: overdoing, conformism, disinteressedness, prejudice, sympathy, intolerance, tolerance, recognition, lack of recognition’. But here there is also a thesis: item 3 is that ‘there is a Bulgarian participation in the deportation’.

One of the self-proclaimed (in my view) experts on the theme, a historian and writer, author of one of the most widespread and free-distributed in Bulgaria and the world books on the salvation of the Jews and the role of the King, said that Bulgaria owes no apology. There weren’t many critics of such messages.

Among historians, there was an extremely radicalized and actively politicized group that protested, in an open letter, against the negationists of the salvation ‘in Bulgaria and abroad’. It ‘recently’ (I quote a text as of 15 May) established a ‘club of Bulgarian and Jewish friends’ opposing the ‘anti-Bulgarian campaign of Skopje and their collaborators in Sofia’. This group contains militant historians like Spas Tashev (whose English version of a book on the theme was officially supported by the Bulgarian MP’s in the European Parliament), Georgi Markov, and, of course, the chairman of the Tangra TanNakRa Fondation[81]. According to them, there are two claims – either ‘Bulgaria saved the Jews’, or ‘Bulgaria destroyed the Jews’[82]. These same historians who proclaim that the truth must be finally established exclude from the debate those who think differently; they express their indignation with any external recommending letters but they themselves write in their own open letter: ‘we would evaluate it positively if the leadership of Shalom chooses a more precise political language to interpret events…’ concerning the fact that Bulgaria ‘could not do for the Jews in the Kingdom of Yugoslavia and the Kingdom of Greece’ what she succeeded to do in her own sovereign territory. [83]

On the other hand, not only thanks to ‘The Ungiven’, the propaganda serial of the Bulgarian National Television (advertised and supported by the state authorities), the problematic of the ‘salvation of Bulgarian Jews’, the ‘ungiven’ (the title sounds maladroit in Bulgarian, to say the least), and the problematic of the great Bulgarian tragedy became clearly visible in the public space and, despite propaganda or maybe thanks to it (the so-called boomerang effect in propaganda), provided the opportunity of reflection. But there is not chance of transition from silence to the gesture of assuming responsibility. (‘Bulgaria missed her chance to leave the ostrich stance of not recognizing the problem.) As to the transition from amnesia to a gesture of repentance, I do not even hope for one. There is no doubt that the possibilities for nationalist mobilization, for new hatreds big absences in these controversies. As well as the answers to such questions as how the two narratives of salvation and deportation can be united, questions of bravery and vileness; of how to study and publish what your scientific society even deems politically incorrect, but also how not to let it be politically utilized, how to generally talk of Treblinka of which one cannot speak but of which one cannot be silent either.

 and new types of anti-Semitism are thousand-fold greater and irresponsibly utilized politically. The comparison with the anti-Semitic messages of 2003 is sad.[84]

In the sphere of research – what can be seen of it in the media and in the textbooks that I am studying – there is effort and there are positive tendencies. New facts are accumulated or made more precise[85], newly discovered or unpublished documents are published (e.g. from the archives of the political police[86]), some of them are more accessible because they are online, as the site of the State Agency of Archives (although, as Rumen Avramov writes, the documents on the deportation, on the ‘non-saved’, are very few there, and they are engulfed in the general mass of information.)

           And the questions that researchers must resolve are, in a sense, no longer a matter just of ‘objective facts and documents’ but of approach, of paradigm choice (on which pre-theoretical principles have their doubtless influence), of moral philosophy. But precisely those – despite the few splendid exceptions – were the

 



[1] Kesales,H. История на българските евреи от древността до създаването на Третата българска държава. Т. І. Тел Авив, 1971, с. 22; Кацаров Г. Антични паметници из България. – ИБАД, ІІІ, 1913, св. 2, с. 180–201; ІV, 1914, с. 276.

[2] Дубнов, С. М. История на евреите в Западна Европа. С.,1939, с.3-11.

[3] Бенбаса, Е., Родриг, А. История на сефарадските евреи от Толедо до Солун. С., 2003.

[4] Равинския съд на практика узаконява всички сключени търговски сделки въз основа на  общоприетия принцип минаг асохарим-търговски обичай; равинския съд изпълнява нотариални функции-всеки издаден писмен документ се заверява от съда до няколко дни от издаването му; участва в проследяване изпълнението на договорите; урежда възникнали по различни поводи спорове както между доварящите се страни, така и между съдружници.

[5] От края на ХVІІІ в. до 60-те години на ХІХ в. най-разпространените еврейски училища са мелдарите. В тях преподават местните равини и хахами, а представата за задължително образование на всяко еврейско момче включва четене, писане и изучаване на Тора.

[6] Емануилова Васка. ГОКПОЕ, 1978, стр.33-35; Василев, Кънчо.”Идеята за равноправието на народите в българската национално-освободителна революция и българските евреи”. ГОКПОЕ, 1978, стр. 17-31

[7] Асса Анри, ГОКПОЕ, 1978, стр.37-46;

[8] чл. 57 от Търновската конституция гласи: “Всички български поданици са равни пред закона. Разделение на съсловия в България не се допуща”.

[9] Глава ІХ “За вярата”, чл. 37-42 се отнасят до въпросите на вероизповеданията

[10] Чл. 67 от Търновската конституция.

[11] София, Пловдив, Русе, Варна, Бургас, Видин, Ямбол, Дупница, Хасково, Кюстендил, Стара Загора, Пазарджик, Плевен, Сливен, Шумен, Самоков, Лом, Берковица, Фердинанд, Карнобат, Горна Джумая, Враца, Казанлък, Чирпан, Разград, Неврокоп, Нова Загора, Асеновград, Кърджали и Провадия.

[12] Еврейски верски съвет. За първи път КОНСИСТОРИЯ (Le Consistoire central-официален орган на еврейските общини) е учредена във Франция с декрет на Наполеон І като средство за ефективен контрол над евреите във Франция и интегрирането им във френското общество.

[13] "Устав за духовното устройство и управление на еврейското вероизповедание в Царство България" от 1915 г.

[14] От 1879 до 1944 г. Главни равини в България са:

1. Гавриел Аврам Алмознино (1879–1884);

2. Якир (Пресиадо) Ицхак Бакиш – и.д. (1886–1889);

3. Д-р Шимон Данкович (1889–1891);

4. Моше (Мошочани) Шмуел Таджер – и.д. (1891–1895);

5. Якир (Пресиадо) Ицхак Бакиш (1895–1900);

6. Д-р Мордехай (Маркус) Еренпрайс (1900–1913);

7. Хезкия Сабитай Давидов – и.д. (1914–1920);

8. Давид Пипано (1914)

9. Д-р Ашер Хананел (1947)

[15] Вж. История на България. Т. IХ. История на България 1918–1944 г. С., 2012.

[16] Тържествено открита през 1909 г.

[17] Открита през 1934 г.

[18] Построен през 1937 г.

[19] Анна Крамер-Бехар, Леон Исаков, Мордохай Бенцион, Султана Суружон, Давид Перец, Елиезер Алшех, Соломон Бенун, Соломон, Петър КуртЯнсен, Марко Бехар, СабинБиджерано, МониАладжемов, Мони Авдала, ЙоанЛевиев, АндрейДаниел, Греди Асса, Греди, Ивайло Мирчев, Ивайло, Ада Митрани, Жана Бехар, Сузи Аронова

[20] "Закон за защита на германската кръв и германската и чест" (15.09.1935 г.); "Закон за имперското гражданство" (15.09.1935 г.).

[21] ЦДА, ф. 370К

[22] Публ. в ДВ, бр. 16/23.01.1941 г.

[23] Публ. в ДВ, бр.151/14.07.1941 г.

[24] Публ. в ДВ, бр.156/19.07.1941 г.

[25] По-подр. вж. Обречени и спасени. България в антисемитската политка на ІІІ Райх. София, 2007 г.с. 166–168.

[26] Публ. в ДВ, бр. 8/14.01.1942 г.

[27] Законодателната власт принадлежи на царя и народното представителство.

[28] ЦДА, ф. 284К

[29] ЦДА, ф. 1568К. Документът е публ. в Обречени и спасени..., с. 414–415.

[30] ЦДА, ф. 284К

[31] DELPORTE, Christian, Les crayons de la propagande, coll. Dessinateurs et dessin politique sous l’occupation, CNRS édition, Paris, 1993, 223, p. 6

[32] Ibidem, p.9

[33] Narodnata Biblioteka « Kiril i Metodi », Beulgarski perioditchen petchat 1844-1944,  anotiran bibliografski oukazatel, T. II, Naouka i izkoustvo, Sofia, 1966, 520 p., art. n°4970, p.120

[34] Série F. 188, Opus 1, archive éditions 11, feuille 232 et archives éditions 13, 18. Ce fond d’archives ne se réduit qu’à une feuille et n’apporte guère plus d’informations sir le journal que le Beulgarski perioditchen petchat 1844-1944.

[35] Narodnata Biblioteka « Kiril i Metodi », Beulgarski perioditchen petchat 1844-1944,  anotiran bibliografski oukazatel, T. II, Naouka i izkoustvo, Sofia, 1966, 520 p., art. n°4970, p.120

[36]Narodnata Biblioteka « Kiril i Metodi », Beulgarski perioditchen petchat 1844-1944,  anotiran bibliografski oukazatel, T. II, Naouka i izkoustvo, Sofia, 1966, 520 p., art. n°4970, p.120

[37] Narodnata Biblioteka « Kiril i Metodi », Beulgarski perioditchen petchat 1844-1944,  anotiran bibliografski oukazatel, T. I, Naouka i izkoustvo, Sofia, 1966, 520 pp, p.477-478

[38] La première ville de Bulgarie en 1939 est Sofia, puis en ordre décroissant, Plovdiv, Varna et Veliko Tarnovo.

[39] Les Britanniques lui avaient donné le surnom de la « panthère noire »

[40] LEE MILLER, Marshal, Bulgaria during the second world war, Stanford, Stanford University Press, 1975,  290 pp, p. 91

[41] Beulgarska Academia na Naoukite i Institut za Iskoustvoznanie, Entsiklopedia na Izobrazitelnite Izkoustva v Beulgaria, T. I, art. p. 406, Sofia, Izdatelstvo na Beulgarskata Akademia na Naoukite, 1980, 528 p.

[42] Trad. J.-B. P.

[43] Oceljavaneto, 237

[44] Les Britanniques lui avaient donné le surnom de la « panthère noire »

[45] LEE MILLER, Marshal, Bulgaria during the second world war, Stanford, Stanford University Press, 1975,  290 pp, p. 91

[46] Le Papagal ne paraît plus du 23 janvier 1943 au 13 mars 1943. Aucune explication n’a été trouvée dans les archives.

[47] MATARD-BONUCCI, Marie-Anne (dir.), Antisémythes, l’image des juifs entre culture et politique (1848-1939), Editions nouveau monde, 2005, 463 pp, p. 14.

[48] MATARD-BONUCCI, Marie-Anne (dir.), La caricature témoin et vecteur d’internationalisation de l’antisémistisme : la figure du « juif-monde », in  Antisémythes, l’image des juifs entre culture et politique (1848-1939), Editions nouveau monde, 2005, 463 pp, p. 439-440

[49] Cité in R. Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années trente, Bruxelles, Complexe, 1992, p.62.

[50] Numéros 102, 109, 113, 130, 157, 182,  202,  218,  223

[51] Numéros 102 et 160

[52] Cartouche explicatif 

[53] Cartouche explicatif

[54] Cartouche explicatif

[55] Mots utilisés dans les cartouches explicatifs

[56] SCHREIBER, Jean-Philippe, L’image des juifs et du judaïsme dans le discours anti-maçonnique au XIXème siècle, in », in  Antisémythes, l’image des juifs entre culture et politique (1848-1939), Editions nouveau monde, 2005, 463 pp, p. 131

[57] Stoyan Mihaylovski (1856-1927), est fils de Nikolay Mihailovski, député à l’Assemblée Nationale bulgare à Veliko Tarnovo en 1879. Stoyan Mihailovski fait ses études au collège d’Istambul puis en France à Aix-en-Provence. Il obtient son diplôme de Droit à Paris en 1880. Il devient professeur de littérature française à Sofia et professeur de droit à Ruse et Varna. Il est une figure de la vie publique bulgare.

[58] Cartouche explicatif numéro 202

[59] Lire l’intégralité du cartouche explicatif numéro 202

[60] Trad. J.-B. P.

[61] Pierre Bourdieu, Language et pouvoir symbolique, Paris: Fayard,  2001,  p. 303

[62] Tzvetan Todorov, La fragilité du bien. Le sauvetage des juifs bulgares, Paris: Albin Michel, 1999

[63] Liliana Deyanova “After Battles. The Bulgarian Textbooks of National History After 1944 and 1989” In: Education et Histoire, Paris, M.-El. Ducreux, Ed, Paris ; Liliana Deyanova  « The postcommunist negationism” In: Emmy Barouh, History and Memory. Bulgaria facing the Holocaust. Sofia: Open Society Fundр зз 128-142. Seefor the the longuehistory of the debate in Danova, N. Bulgaria I Holokostat sastoianie na prouchvane na problema I zadachi, Inв: www.bghelsinki.org/bg/ovektiv/nadia-danova/2012-12/blgariya-i-holocostt-sstoyanie-na-prouchvane-na-problema-izadachi

[64] Liliana Deyanova. Two small cases. In: Deyanov, D. et al. The rewritings of history in the high School Textbooks (in Bulgarian).Sofia : MNED, 1996. Collective and Historical Memory. In: National identity in a situation of crisis. Historical Resources  (Maya Grekova ed.). Sofia: Minerva, LIK, 1996. (in Bulgarian)

[65] Nadège Ragaru, « La Shoah au cœur des controverses publiques entre la Macédoine et la Bulgarie », P@ges Europe, 15 avril 2013 - La Documentation francaise ; Nadège Ragaru, Interview, Obektiv, 30.04.2013

[66]http://www.parliament.bg/bg/news/ID/2582

[67] http://www.adl.org/centennial/remarks-by-the-honorable-rosen-plevneliev.html; Another Bulgarian president, Zh. Zhelev told how in 1993 he wrote a letter to President Clinton and threatened that if, at the opening ceremony of the Holocaust Museum in Washington, Bulgaria is not mentioned together with or even before Denmark as a country saving its Jews, he would leave demonstratively and give a press conference. At an urgent meeting demanded by Al Gore, Zhelev explained the Bulgarian merit within a matter of 15 minutes, and the Vice President exclaimed: ‘How come the world doesn’t know about the heroism of a whole nation, isn’t that scandalous!’

[68]http://www.dnevnik.bg/sviat/2013/05/07/2055264_v_sasht_se_zavihri_spor_okolo_iskane_ploshtad_da_nosi/

[69] Liliana Deyanova, Les guerres des élites bulgares pour le monopole de la mémoire du communisme, Bogumil Jewciewicki Koss (ed.), Expérience et mémoire, L’Harmattan 2008, Paris.

[70] http://past.bghelsinki.org/; Yuliana Metodieva, Otzvutsi ot konferentsiata “Da opoznaem minaloto” https://librev.com/discussion-bulgaria-publisher/1799-2012-10-10-10-11-08.The Bulgarian Helsinki Committee has organized and provoked an enormous part of today’s discussions on the non-saved Jews, trying to counteract diverse types of narratives, and with diverse motivations (e.g. pro-monarchy), about the ‘heroic salvation of Bulgarian Jews’. They contributed to the publication of the remarkable double volume of documents whose authors have been, even until today, accused of ‘perfidious resilient anti-Bulgarianism’ (I quote the formula of a historian specialized in the theme). For a previous critical discussion on the deportation in 1943, with the participation of the Bulgarian state and its pro-Nazi government and the silence in the public sphere see the preface of the Emmy Barouh in  Emmy Barrouh, ed. History and Memory, Open Society Fond, Sofia, 2003. The last edition contains the texts of the conference, organized in Brussels by E. Barouh within Europalia, where such researchers took part as Zigmunt Bauman, Maria. Todorova, Sonia Combe , the author of the film The optimists J. Comforty, etc. See also discussed and published in Bulgaria too the article of Stefan Troebst, « Salvation, Deportation or Holocaust ? The Controversy over the Fate of Bulgaria’s Jews in World War II – before and after 1989 », in: Muriel Blaive et al. (eds.), Clashes in European Memory. The Case of Communist repression and the Holocaust. Innsbruck: StudienVerlag, 2011, pp.37-52.

[71] A. Krispin, ed, Antisemitizmat v Bulgaria dnes, ima li go? Sofia: Colibri, 2004.

[72] Rumen Avramov, ‘Spasenie’ I padenie, Sofia, St Kl. Ohridski edition, 2012.

[73] See on this book Emil Koen. Razmisli po povod na knigata na Rumen Avramov, ‘Spasenie’ I padenie, In Obektiv, N21, December, 2012, Stylian Yotov, 70 godini igri na interpretatsii, In Kultura, 17.05.2013

[74] K. Karakachanov. „It is a shame to deny that Bulgaria is a heroic savior of her Jews”, 30.01. 2013, http://www.bghelsinki.org/bg/publikacii/obektiv/dimitrina-cherneva/2013-01/krasimir-karakachanov-lukovmarsh-e-reakciya-sreshu-poshlostta-i-bezlichieto/

[75] Organized by Albena Taneva, one of the chief researchers in the Center for Jewish Studies at the University of Sofia, author of projects on ‘the teaching of the Holocaust in the Bulgarian school’. See B. Dichev, Za (ne)spasenite evrei ili tsenata na dalgoto malchanie, Obektiv, N 206, january 2013 (http://www.bghelsinki.org/bg/publikacii/obektiv/borislav-dichev/2012-11/za-nespasenite-evrei-ili-cenata-na-dlgoto-mlchanie/

[76] According to M. Benvenisti, public talk on the deportation of the Jews by Bulgarian State from Northern Greece and former Yugoslavia started during the celebrations of the 65th anniversary of the salvation of Bulgarian Jews. ‘Five years ago Shalom said to the Government and President’ but the authorities did not react, he says. ‘Silence on this has reigned since 1945’.

[77]http://www.parliament.bg/bg/news/ID/2582

[78] Petar-Emil Mitev, Bulgari i evrei – sasedi i grajdani, Demokratichen pregled, N 49, p.13

[80] http://www.bghelsinki.org/bg/publikacii/obektiv/obektiv/2013-01/sdbata-na-blgarskite-evrei-1940-1944-g/

A quick comparison of the history textbooks of the last few years with the textbooks of the times of early postcommunism can show the disappearance from the texts of such terms as ‘the fascist nature of anti-Jewish legislation’ and the phrases on the ‘ruining taxation’ in the anti-Semitic politics and on the unjust ‘plundering of Jewish property’. In today’s de-historicised textbooks, we can only read that ‘rulers and speculators got hold of Jewish property and enriched themselves’. But who are those ‘rulers and speculators’? Why wonder that, since professional historians avoid saying who they were and by what reasons, such de-historicised and de-politicised terminology is proliferating today in the mass-broadcast descriptions of those genuinely ‘dark times’? This is why, in interviews with teachers, some of them even expressed regrets for the textbooks of the former regime which used to be full of narratives of the ‘fascist death camps’ where ‘the Bulgarian bourgeois class was sending Jews’. Of course, that was written at the price of a similar, and equally dangerous, de-historicisation: I mean roughly that in these same textbooks, the anticommunist opposition and its leaders such as Nikola Petkov were also called ‘fascists’ or ‘fascist helpers’. On this problem see N. Nikolova, A. Bundjulov et all, parts of the study of the Institute for Critical Social Studies - Deyanov, D. et al. The rewritings of history in the high School Textbooks (in Bulgarian). Sofia : MNED, 1996..

[81] Tangra was the name of the deity of the ancient Bulgars from the Pamir mountain from where ‘the light of Bulgarian statehood has spread into the world’.

[82]. http://www.bghelsinki.org/bg/publikacii/obektiv/obektiv/2013-01/sdbata-na-blgarskite-evrei-1940-1944

[83] ibid.

[84] After the analysis of over 4200 articles of the whole year 2003 – the year of the 60th anniversary of the salvation of Bulgarian Jews – in Bulgarian media (in 5 mainstream daily newspapers and one TV channel), a study financed by the Open Society Institute demonstrated that those are wrong who talk of ‘anti-Semitism in the Bulgarian media’ and that the few negative remarks on the Israeli politic in the Near East, or the messages of several marginal printed media, do not substantiate the claims of there being anti-Semitism in the media. See A. Krispin, ed, Antisemitizmat v Bulgaria dnes, ima li go? Sofia: Colibri, 2004

[85]http:/www.archives.bg/jews; www.past.bg; V. Todorov, N. Popetrov, eds, VII sastav na Narodnia sad. Edno zabraveno svidetelstvo za antisemitizma v Bulgaria 1941-1944, Sofia& Iztok Zaad 2013, K. Grozev, R. Marinova-Hristidi, eds. Evreite v Iztochna Evropa I Savetskia sauz v godinite na  Vtorata svetovna voina (1939-1989). Sofia: Universitetsko izdatelstvo SU Kl. Ohridski, 2013

[86] K. Grozev, Rumiana Hristidi, DS Ievreiskta obchnostv Bulgaria, http://desebg.com/2011-01-06-11-45-58/983-2012-11-27-17-08-05Sofia: Universitetskoizdatelstvo SU Kl. Ohridski, 2013.

Effy TSELIKAS et Jean-Baptiste PATTIER

Conclusion

Les récents événements politiques survenus en Europe légitiment la place essentielle de la transmission de l’histoire de l’holocauste en Bulgarie dans sa dimension nationale et européenne pour toujours mieux cerner et dénoncer les mécanismes de l’antisémitisme toujours ancré sur notre continent.

Les élections européennes du 25 mai dernier ont été marquées par un score élevé des partis d’extrême droite en Allemagne, en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Autriche. En France, le Front National est arrivé en tête avec 25 % des suffrages exprimés. Les partis populistes, souverainistes et d’extrême droite ont obtenu 38 sièges.

Le 10 juin dernier, madame le Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme, Navi Pillay, s’est dite « perturbée » par les scores de l’extrême droite au Parlement européen. Elle a dénoncé le « discours d’incitation à la haine » des chefs de partis en France comme en Allemagne. Navi Pillay a notamment déploré des propos tenus par Udo Voigt, le candidat du Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD) : «  L'Europe est un continent de gens blanc et doit le rester".

La veille de ces élections, un attentat s’est produit le 24 mai 2014 au musée Juif de Bruxelles en plein après-midi, dans le centre ville de la capitale européenne. Quatre personnes ont été tuées dans la fusillade. Un employé, une touriste française et un couple d’Israéliens ont perdu la vie. Le caractère antisémite de l’attaque a été démontré.

Face à la violence physique ou verbale, l’éducation, la connaissance, la réflexion doivent être plus que jamais privilégiées dans la formation intellectuelle des futurs citoyens européens. Le professeur est le premier vecteur de transmission. L’enseignement de l’histoire de l’antisimétisme et de l’holocauste en Europe est donc plus que jamais nécessaire et indispensable et doit tenir une place centrale.